‹ Histoire de la RestaurationChapitre 169 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC

plusieurs orateurs de diverses opinions prêchèrent la concorde qu'on sentait fort difficile. De Leyval, du centre gauche , fiit très-applaudi lorsqu'il soutint que le royalisme était devenu libéral et le libéralisme monarchique. Le mot fut dès lors souvent répété ; mais si sincères que fussent ces espérances de concorde, elles ne pouvaient changer la situation.

Martignac fut mis en demeure par Labourdonnaye, Royer-CoUard et Casimir Périer, de s'expliquer sur les agissements de certains préfets dans les dernières élections. Il posa en principe que le gouvernement devait pour sa sûreté garder sur les élections une action et une influence éminemment conservatrices, mais que cette action ne pouvait être frauduleuse, et il se déclara décidé à poursuivre la fraude si elle avait existé. Les feits incriminés lui étant étrangers, il s'étonna qu'on disposât légèrement de l'honneur de fonctionnaires qui ne pouvaient se défendre, et il annonça qu'il ajournait son avis jusqu'à ce que sa conscience fût éclairée.

La vérification des pouvoirs demeura suspendue, et l'on passa au vote pour la présidence, vote sur lequel les partis commencèrent à se compter. Il y eut deux tours de scrutin, après lesquels les candidats présentés au Roi furent, en suivant le chiffre des voix, Delalot, Hyde de Neuville, Royer-CoUard, Gautier et Casimir Périer. Au premier tour, les voix s'étaient partagées entre trois listes, celle de la gauche, celle du centre droit et celle de la défection ; Royer-Collard avait eu la majorité. Au second tour, Delalot et Hyde de Neuville l'avaient dépassé par la coalition de la défection

et de la gauche. Le Roi et le ministère ressentirent de cette coalition un vif mécontentement. Charles X donna la présidence à Royer-Collard, qui avait d'ailleurs pour lui sa grande renommée, la hauteur de son caractère, une élection récente à l'Académie française et rhonneur exceptionnel d'avoir été nommé député par sept collèges électoraux.

La discussion de l'adresse vint ensuite. La commission chargée de la rédiger fut nommée le 28 février; elle choisit pour rapporteur Delalot, Fauteur de la fameuse adresse qui avait renversé le ministère Richelieu. Delalot était un énergumène. Le choix était donc violent et agressif, non-seulement pour le ministère Yillèle, menacé d'une mise en accusation, mais pour le cabinet Martignac, puisque Chabrol et Frayssinous étaient obligés de se retirer, ce qu'ils firent aussitôt. Villèle écrivait alors à son fils : « Les royalistes sont fous, et les libéraux profitent de leurs folies. »

Le i mars, Chabrol fut remplacé par Hyde de Neuville, agréable à Chateaubriand. Les ministres voulaient à tout prix gagner la défection, et tenant à éviter Labourdonnaye, qui s'en montra très-mortifié, ils lui préférèrent un homme d'un esprit ardent, aventureux, fort inconséquent jusque-là dans sa conduite politique, mais d'un caractère plus facile et plus traitable. Frayssinous eut pour successeur un pair ecclésiastique, Feutrier, évéque de Beauvais, esprit modéré, prudent, judicieux, mais un peu flottant.

Le Roi accepta ces choix sans difficulté. Il eut plus de peine à consentirau changementde dix-sept préfets et

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