LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
31 la mise en disponibilité de quatre autres qui s'étaient compromis dans les élections. Il fut surtout mécontent que les ministres exigeassent ces mesures par Toffire de leur démission. En retour, il refusa d'accueillir leurs représentations sur le choix du duc de Damas pour gouverneur du duc de Bordeaux après la mort du duc de Rivière. Damas avait fiait partie du ministère Villèle et passait pour trop attaché à la Congrégation. Charles X tint à persister dans son cnoix et à repousser toute ingérence du cabinet dans ce qui concernait la famille royale et la cour.
Le 5 mars on discuta l'adresse. La Ferronnays parla sur les afBeiires étrangères, comme il l'avait Ëiit devant les pairs. Il fut moins optimiste ; car les Turcs venaient de sortir de leur mutisme diplomatique ; ils réveillaient le fanatisme musulman et inquiétaient nos nationaux ; néanmoins, s'il fallait agir, nous étions assurés de marcher d'accord avec l'Angleterre et la Russie.
On arriva ensuite, après un court débat sur deux paragraphes qui demandaient l'organisation de l'instruction publique et une loi municipale, à la question brûlante, celle d'un blâme à infliger au ministère Villèle. Montbel, un des nouveaux députés, s'y opposa par égard pour la prérogative royale, et montra l'injustice de le poursuivre après sa chute. Sosthènes de la Rochefoucauld et Labourdonnaye essayèrent avec plus d'autorité, ayant été les ennemis de Villèle, de mettre une digue au flot des passions qui débordaient. Agier, au contraire, maintint avec aigreur que Villèle avait mené le pays à la révolution, et détruit l'aristocratie en portant atteinte à la Pairie. La phrase insérée
dans le projet d^adresse par Délai ot accusait le sjrstème déplorable qui avait rendu les bienfeits du Roi souvent illusoires ; les deux Dupin et Casimir Périer insistèrent pour que ces termes fussent maintenus.
Martignac, ne pouvait garder le silence ; Il déclara qu'il se désintéressait. Après avoir rappelé qu'il avait servi le dernier ministère, mais dans des fonctions purement administratives :a Je ne veux, dit-il, être ui Taccusateur ni le défenseur de Tadministration tombée. L'accuser serait de ma part une lâcheté, mais je ne dois pas prendre sous ma responsabilité des actes auxquels je n'ai pas participé. » C'était là un langage plus ou moins forcé, que pouvait encore justifier l'attitude assez irritée de Villèle vis-à-visde ses successeurs. Mais la neutralité ou l'abstention du cabinet était fâcheuse de toutes manières.
L'Assemblée semblant à peu près partagée, on procéda au scrutin secret, qui donna une majorité de quatorze voix pour le paragraphe, tel que l'avait rédigé la commission. Le 8 mars, l'adresse fut votée dans son ensemble à la majorité de trente-quatre voix.
Charles X fut très-froissé ; car le blâme infligé à Villèle l'atteignait. Il annonça d'abord aux ministres qu'il y répondrait sévèrement. Puis il se ravisa et il se contint. Quand la députation de la Chambre vint lui présenter l'adresse, il lui répondit par des paroles assez dignes, mais tellement ternes qu'elles prêtèrent aux commentaires de tous les partis. On croit qu'il avait songé dans le premier moment à former aussitôt le cabinet de droite pure qu'il réservait in petto et qu'il forma en effet l'année suivante, mais qu'averti