LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
par ses amis iamiliers de rinopportunité d*une décision aussi grave, il avait pris le parti de dissimuler'.
Villèle, d'autant plus aigri qu'il commençait à être moins consulte, le fut encore bien davantage quand il se vit abandonné et en quelque sorte désavoué par Martignac et le Roi .
III. Il y eut après ces premiers débats un calme apparent, et comme une trêve des partis. Cependant le ministère demeurait dans la condition des premiers jours, en quête d'une majorité qu*on lui reprochait malignement de chercher sans savoir où. La gauche trouvait qu'il n'avait pas assez rompu avec Villèle ; les royalistes l'accusaient de l'avoir trop abandonné. Trente membres de la défection étaient restés intraitables et continuaient de former un groupe à part sous la direction d'Âgier. La droite proprement dite témoignait de ce schisme un très^vif ressentiment, et la conciliation, malgré tous les efforts- tentés, devenait plus impossible que jamais.
La Chambre fut saisie de plusieurs propositions dues à l'initiative de ses membres, pendant que les ministres préparaient d'importants projets de loi.
C'est ainsi qu'elle annula la commission spéciale établie par la législation précédente pour assurer la sincérité des comptes rendus de ses séances par les journaux. L'inutilité de cette commission était démontrée ; ceux mêmes qui l'avaient demandée l'abandonnèrent.
' G'esft l'opinion de tous les historiens de la Restauration: Du veqjier de Hauranne, Vielcastel et Daudet.
Le 3 avril, la cour royale de Paris rendit son arrêt au sujet des troubles de novembre. Elle avait à statuer sur rarrestation d'un certain nombre d^individus, et sur une plainte qu'Isambert et d'autres avocats avaient déposée au parquet contre le directeur général et le préfet de police. Elle mit en liberté toutes les personnes arrêtées, les charges n'étant pas suffisantes, et les recherches de la justice n'ayant pu, disait l'arrêt, £aire connaître les coupables. Elle déclara en même temps que les dénonciations contre la police étaient sans preuves. Donc il n'y avait pas matière à poursuites, et les parties étaient renvoyées, sans qu'aucune eût gain de cause. L'arrêt fut naturellement trèscommenté. Yillèle écrivit dans ses Notes : « Il ne manque au jugement de la cour que la condamnation des troupes qui ont forcé les barricades. »
La Chambre avait réservé quelques élections qu'elle valida pour la plupart; mais les validations ou les annulations eurent lieu un peu au hasard ; la discussion ramena les attaques des opposants contre les préfets et celles des ministériels contre l'omnipotence exercée par le Comité directeur.
Les doubles choix, les options ou les invalidations obligèrent à convoquer plusieurs collèges électoraux pour le 20 avril . Six de ces élections nouvelles devaient avoir lieu à Paris. Une réunion électorale trè" «nombreuse se tint dans un café des Champs-Elysées appelé le Salon de Mars. On y traita des questions politiques irritantes. Elle fut dénoncée par les royalistes comme un acte illégal du Comité directeur, étant tenue dans un lieu public sans autorisation, et même sans que