LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
IV. Le 14 avril, la Ferronnays avait proposé un projet d'emprunt de 4 millions de rente à 5 pour 100, destinés à pourvoir aux éventualités d'armements que les affaires d'Orient rendaient probables. Le 26 avril, Tempereur de Russie déclara la guerre au sultan, et le 7 mai ses troupes passèrent le Pruth. Le 13 mai, la discussion s'ouvrit sur le projet d'emprunt. Sébastiani, chargé du rapport de la commission, donna en son nom pleine adhésion à une mesure exigée par la sagesse et la prudence. La Ferronnays exposa que la France était liée par le traité du 6 juillet 1827 qui subsistait malgré l'action isolée de la Russie; qu'elle se proposait de garder une attitude pacifique, mais qi>'elle était obligée de veiller et de se préparer à tout événement.
La clarté de la situation, la franchise sympathique du ministre des affaires étrangères, le langage à la fois résolu et circonspect de Sébastiani, qui avait parlé cette fois en homme de gouvernement, entraînèrent &cilement la conviction de la Chambre. Les opposants, comme Charles Dupin et Bignon, eurent mauvaise grâce à soutenir que la France pouvait et devait se désintéresser, n'ayant rien à craindre d'un agrandis-* sèment d'ailleurs très-problématique de la Russie. Mais le débat fut porté sur un autre terrain par Ternaux, qui énuméra les violations de la Charte commises par le ministère Yillèle, et soutint qu'il (allait en exiger la réparation avant de voter aucun impôt. Petou, Constant, Yiennet accusèrent les ministres actuels de marcher dans les mêmes voies que leurs prédécesseurs. Hyde de Neuville répondit ^blement
libt HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
au nom du cabinet. LafBtte fut mieux inspiré. Tout en présentant des réserves politiques et financières, il se déclara prêt à voter les 80 millions deltoandés, « parce que, dit-il, l'état de l'Europe doit éveiller la sollicitude de toutes les puissances ; parce que si la France n'a matériellement rien à craindre des événements qui se passent à des centaines de lieues de ses frontières, elle ne doit pasJaisser partager les empires sans son assentiment, et que même en restant neutre, sa neutralité doit être une neutralité armée » .
Sébastiani ajouta qu'on ne pouvait différer ; que ce n'était pas le moment de montrer de la défiance à un cabinet animé de bonnes intentions, ni de récriminer contre l'ancien ministère, quelques fautes qu'il eût commises et quelques réparations qu'on dût en exiger. Il fallait regarder devant soi, et le parti constitutionnel devait en donner l'exemple. La loi fiit votée le 21 mai à une grande majorité.
Portée le 27 à la Chambre des pairs, elle y fut le 11 juin l'objet d'un vote unanime, moins trois voix. La question fut à peine discutée au fond. Il s'éleva seulement deux incidents : l'un sur le terme de déficit dont Roy et Mollien s'étaient servis mal à propos au sujet de la dette flottante laissée par le ministère Vil* lèle, et montant à 166 millions. L'opposition s'était emparée de ce mot pour contester la prospérité flnan* cière que Villèle avait vantée si souvent. L'ancien ministre le releva, non sans amertume, et prouva qu'il ne s'agissait que de découverts dont une grande partie, 89 millions, se composait de l'arriéré de la guerre d'Espagne. L'autre incident eut lieu au sujet de l'armée. Le