‹ Histoire de la RestaurationChapitre 178 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC

D'autres, moins violents, prétendirent qu'il y avait contradiction entre les principes établis et les dispositions proposées. C'était un système de déception, de ruse, d'impossibilités morales ou matérielles. Aussi les amis de Villèle purent-ils déclarer qu'en présence d'une hostilité si manifeste, autant valait en revenir à la loi précédente.

Constant exposa que le projet l'avait d'abord frappé par ses intentions libérales, mais qu'il en avait reconnu promptement l'insuffisance . « Veut-on, dit-il , ravir aux hommes leurs droits, il ne faut rien faire à demi. Ce qu'on leur laisse sert à reconquérir ce qu'on leur enlève. La main qui reste dégage l'autre de ses fers. » Il persifla ironiquement le cabinet ; il eût désiré le soutenir lorsqu'il le voyait chercher sa voie; mais puisque les ministres avaient pris le parti de flatter la droite qui les ménageait peu, et d'agir hostilement visà-vis de la gauche, sa conscience l'obligeait à se séparer de constitutionnels honteux et à rentrer dans l'opposition .

Le garde des sceaux et le ministre de l'intérieur relevèrent ces méchancetés avec esprit et avec une hauteur dédaigneuse. Portalis déclara qu'il défendrait toujours les libertés politiques et légales contre les exagérations de ceux qui s'en faisaient les défenseurs exclusifs ; mais plus la presse était libre, plus les lois de police et de répression étaient nécessaires. En matière de presse comme en toute autre, l'État ne pouvait renoncer à ses droits. Portalis donna les plus solides arguments à Tappui des mesures proposées; malheureusement sa roideur dogmatique était peu persuasive; on l'appelait un Peyronnet janséniste.

Martignac releva, non sans amertume, le fait que plusieurs députés, après s'être fait inscrire pour la loi, avaient parlé contre, cédant à Tintimidation exercée par certains journaux. Puis saisissant l'occasion qui s'offrait de rallier les différents groupes royalistes pour constituer enfin une majorité, il éleva le ton de son discours, et déclara que la loi devait rassurer la couronne et la société contre les dangers de la presse ; que le ministère, loin de s'inféoder à un parti, comme la gauche le prétendait, ne s'était inspiré que du travail préparé l'année précédente à la Chambre des pairs. L'influence des journaux était nécessaire, mais elle était dangereuse, car « leur intérêt, contraire à l'intérêt général, est dans l'agitation, qui peut seule entretenir la curiosité publique. L'ordre et la paix sont mortels pour eux. » Le ministère n^était pas timide et irrésolu, comme on l'accusait de l'être. Il n^avait ni cherché à s'imposer à la Chambre, ni attendu qu'elle lui manifestât ses exigences pour s'y conformer servilement. Il avait pensé que la majorité serait là où seraient réunis le dévouement au trône et l'attachement aux institutions. Donc il agissait avec franchise ; il se fiait à la Chambre, et il croyait que la déclaration de guerre que Benjamin Constant venait de lui faire ne serait signée que par un petit nombre d'ennemis.

Ce^liscours, non moins habile qu'éloquent, obtint un grand succès, que les nouvelles critiques de l'opposition n'efEaicèrent pas. Martignac avait conquis une majorité, pour ce jour-là du moins. Son talent ne fléchit pas dans la continuation du débat. Il était à la hauteur des difficultés de sa tâche. L'honnêteté et

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