LIVRE XI. — MINISTERE VILLELE. Z
des orateurs ordinaires de la gauche. L'agitation qui persistait dans la jeunesse et qui se traduisait par des troubles dans les théâtres, en particulier lors de la représentation du Sylla d'Arnaud; la fréquence des incendies dans les départements du nord et de la Normandie, incendies trop répétés pour que la malveillance y fût étrangère, indignaient les honnêtes gens. Les journaux royalistes étaient devenus les organes de la conservation sociale autant que les défenseurs du ministère, malgré les violences et les excentricités dont ils n'étaient pas exempts.
L*" établissement d'une seconde session, ayant pour conséquence d'avancer la date du renouvellement par tiers, avait dû mettre les partis en éveil. Ayant appris la force de la discipline, ils manœuvrèrent avec ensemble pour les élections fixées au 9 et au 16 mai dans les deux ordres de collèges. La droite et le ministère adoptèrent nettement le principe que les fonctionnaires étaient tenus de voter pour les candidats du gouvernement. Villèle adressa aux employés des finances une circulaire pour leur recommander de «contribuer, dans ^a limite de leurs droits, au choix de députés sincèrement attachés à la monarchie légitime et aux institutions données par la sagesse du Roi ». Les journaux royalistes renchérirent sur ce thème en soutenant que tout fonctionnaire honnête était tenu de se retirer ou de servir par tous les moyens le gouvernement qui l'employait. Le ministère avait le droit de faire pour lui-même ce que faisait contre lui le comité directeur de l'opposition, pouvoir rival qui lui disputait la confiance publique. Les journaux
opposants crièrent à la corruption, et accusèrent les royalistes et les ministres de se mettre en contradiction avec les doctrines qu'ils avaient soutenues sous le cabinet précédent.
Le ministère agit comme il Tavait annoncé. Dans l'intervalle des deux élections, il retira au baron Louis son titre de ministre d'État, pour ingérence peu légale dans les opérations d'un collège.
A Paris, les collèges d'arrondissement nommèrent six opposants sur huit, et le collège de département donna à l'opposition les quatre sièges dont il disposait. Mais cet échec de la droite , d'autant plus grave qu'à Paris même, jusque-là, le succès avait été partagé, n'eut pas d'influence sur le résultat général. La force numérique des partis resta la même. Tout se passa d'ailleurs avec ordre, sauf à Lyon, où il y eut quelque effervescence, mais calmée aussitôt par l'apparition de la troupe.
La première application de la candidature ministérielle fit échouer de Serre dans le Haut-Rhin. Seul des anciens ministres, il n'avait pas été élevé à la pairie. Le cabinet de droite redouta ses talents, son caractère, son influence, et oublia ses services. Il lui tint rancune de l'attitude prise pai' ses anciens collègues à la Chambre haute. Il soutint contre lui, à Golmar, un autre candidat qui triompha. De Serre partit pour l'ambassade de Naples, blessé profondément de l'ingratitude des royalistes.
Le 17, lendemain des dernières élections, Richelieu mourut à cinquante-cinq ans , d'une fièvre cérébrale, suite d'une affection nerveuse que les luttes et les