‹ Histoire de la RestaurationChapitre 19 sur 256 · LIVRE XI. — MINISTERE VILLELE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — MINISTERE VILLELE

fatigues politiques avaient aggravée. Il s'était vivement ému de son dernier échec ministériel ; il se croyait victime d'une trahison. Celui à qui ses amis ne JEadsaient d'autre reproche que de n'avoir pas été assez jaloux du pouvoir, et que Yillemain a appelé « le moins ambitieux des hommes d'Etat m , ne put supporter le poids de sa disgrâce.

De Serre et Richelieu ayant disparu en même temps, le centre droit, privé de son plus grand orateur et de son chef reconnu , vit ses espérances de retour à une politique de conciliation indéfiniment ajournées.

Pendant ce temps la droite pesait sur le ministère, qu'elle trouvait faible et qu'elle accusait de marcher trop dans l'ornière de ses prédécesseurs. Elle insistait pour que l'administration fût renouvelée dans le sens royaliste. Elle demandait force épurations. Elle soutenait qu'il était de l'essence du gouvernement constitutionnel que les partis conquérant la majorité eussent part aux emplois administratifs et politiques. Il fallait, suivant ses journaux, fermer toutes les carrières au libéralisme, et dès lors personne ne voudrait plus élre libéral. Chateaubriand représentait la nécessité de satisfeûre les ambitions. Villèle résistait avec beaucoup de bon sens; mais l'attaque était vive, et il se sentait entraîné malgré lui. La Congrégation surtout, de jour en jour plus active, mettait à profit la présence de Montmorency au ministère et dictait des choix à l'administration. La nomination la plus importante fut celle du président du conseil de l'instruction publique , dont on étendit les attributions. Villèle écarta DelaIot,très-appuyé par Chateaubriand, etdonna

ce pojste au premier aumônier du Roi, Frayssinous, évêque d'Hermopolis , prélat modéré, mais dont le choix, en raison même de Thabit qu'il portait, avait alors un caractère significatif.

VIII. La seconde session s'ouvrit le 4 juin. La veille , jour anniversaire de la mort du jeune Lallemand , deux mille étudiants s'étaient rassemblés pour nn service que la police empêcha. On en aiTéta quelques-uns. Benjamin Constant, s'étant mêlé à la mani- Eestation, eut à cette occasion un duel avec Forbin des Issarts , député de la droite et officier des gardes du corps.

Le jour de l'ouverture, Louis XVIII se borna presque à exposer le motif financier pour lequel il ftvait convoqué une seconde fois les députés.

On commença par vérifier les opérations électorales. La circulaire de Villèle fut incriminée. Il la défendit, en soutenant que les fonctionnaires qui servaient un ministère n'avaient pas le droit de le combattre ou devaient renoncer à leurs fonctions. Le garde des sceaux Peyronnet développa plus au long la même thèse. Le général Foy répondit avec sa fougue ordinaire que c'était là une doctrine destructive de la liberté électorale , surtout dans un pays où le nombre des fonctionnaires était aussi considérable qu'en France. Le ministère obtint facilement la majorité; mais la question ne fut rien moins que résolue, et la conciliation de deux intérêts à la fois légitimes et contradictoires demeura à l'état de problème. Avec un suffrage restreint comptant à peine cent mille élec-

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