‹ Histoire de la RestaurationChapitre 180 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC. tihi · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC. tihi

à une agitation dangereuse était manifeste. Frayssinous avait échoué dans sa tentative de faire prévaloir les idées d'un gallicanisme modéré. Le ministère Yilléle était tombé dans une impopularité fatale pour n'avoir pas résisté aux imprudences de la droite cléricale. Le ministère Martignac était donc forcé, s'il ne voulait partager le même sort, de prendre un parti définitif. C'était pour lui une question de vie ou de mort. La situation des petits séminaires était manifestement extralégale. Charles X et la Ferronnays consultèrent des théologiens; la réponse fut que l'Eglise ne demandait aux pouvoirs publics qu'une chose, de la servir dans la mesure du possible. Sur cette déclaration et sur l'affirmation des ministres qu'il n'y avait pas d'autre moyen de sauver l'existence menacée des petits séminaires, le Roi prit sans hésiter une résolution jugée indispensable.

Le tort de cette résolution était d'être la contrepartie des complaisances du ministère précédent pour le parti religieux. Elle donnait raison aux attaques des libéraux; elle pouvait paraître une concession aux ennemis du clergé. Par ces deux motif;», elle froissa vivement la droite et le parti clérical. Le respect pour le Roi put atténuer l'effet de ces mécontentements dans certaines sphères ; ils n'en furent pas moins profonds. Charles Xfut taxé de faiblesse par des hommes .qui avaient cru le dominer, et qui craignaient alors qu'il se laissât entraîner sans résistance dans le sens opposé. La Ga^e^fec/e France déplora des ordonnances funestes pour la monarchie et la religion. D'autres journaux, plaçant plus habilement le débat sur un autre

terrain, se plaignirent de l'atteinte portée aux droits des pères de famille, réclamèrent la liberté de renseignement, et attaquèrent le monopole universitaire. Le ministère, qui s'était jusque-là ménagé Tappui de la droite, le sentit chanceler à partir de ce mo*

ment.

Le 21 juin, la Chambre, examinant différentes pétitions contre le rétablissement des Jésuites, fut appelée incidemment à se prononcer sur les ordonnances du 16. Le rapporteur de Sade les loua, parce qu'elles fedsaient rentrer les Jésuites dans le droit commun pour renseignement, en attendant qu'on fit plus tard des lois sur la liberté des associations. Conny les attaqua comme un acte d'intolérance contraire à la Charte. Il fit l'apologie des Jésuites d'un ton douloureusement ému, mais 11 s'exprima avec mesure, et conclut en demandant qu'une commission fût chargée de visiter leurs collèges. Hyde de Neuville répondit que le ministère n'avait pas voulu frapper un coup, comme on l'en accusait, mais remplir un devoir ; qu'il avait agi à l'unanimité, en dehors de toute faction, de tout parti, de toute intrigue ; qu'il n'avait obéi qu'à la raison d'État et donné la victoire qu'à la justice ; qu'il s'était borné à rétablir l'ordre légal , et que désormais personne ne serait au-dessus des lois. L'évéque de Beauvais compléta cette défense un peu déclamatoire, en montrant qu'il ne fallait pas chercher dans les ordonnances autre chose que les dispositions précises qui s'y trouvaient.

Deux députés de la droite, Montbel et Sainte-Marie, après avoir repris la thèse que la présence des Jésuites

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