‹ Histoire de la RestaurationChapitre 181 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTERE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTERE MARTIGNAC

en tant qu'individus dans les petits séminaires ne violait pas la loi, demandèrent la reforme du monopole universitaire. Puis Dupin, après avoir constate qu'il s'agissait simplement de déclarer une incapacité, ajouta que les Jésuites étaient incompatibles avec un gouvernement constitutionnel, qu'ils avaient perdu les Stuarts et qu'ils pourraient perdre les Bourbons. Il faut rappeler ces divers discours, parce qu'ils étaient l'expression fidèle des idées ou des passions du temps. La Chambre, en votant à une grande majorité le ren« Toi des pétitions aux ministres, donna en réalité au ministère un vote d'acquiescement.

VII. La menace d'une mise en accusation était suspendue sur la tête de Yillèle depuis qu'elle avait été proférée par le Journal des Débats, Au fond, cette menace était une arme dont la gauche se servait pour rendre le retour de l'ancien ministère impossible. La Chambre avait reçu, sans beaucoup s'y arrêter, Jusieurs pétitions à cet effet.

Le 14 juin, Labbey de Pompières, libéral des plus ardents, déposa une proposition formelle d'accusation contre les anciens ministres, a Je propose, dit-il, de les accuser de trahison envers le Roi qu'ils ont isolé du peuple, et de trahison envers le peuple qu'ils ont isolé de la confiance du Roi. Je les accuse d'avoir attenté à la Constitution et au droit des citoyens ; je les accuse d'avoir perçu des taxes non votées et dissipé les deniers de l'État. » Puis il lut contre eux un long réquisitoire qui dura deux heures, passa en revue tous leurs actes depuis six ans pour les livrer h l'iWi-

gnation de la Chambre, et rappela par ses violences de sang-froid les emportements de la Révolution.

Montbel mit à profit l'étonnement et la consternation que ce discours étrange avait causés ; il insista pour une prise en considération immédiate. Les amis de Yiiléle étaient prêts à le défendre et désiraient un débat, qui devait dans leur pensée non-seulement mettre fin à des attaques injurieuses, mais tourner à sa glorification. Ils savaient que tous les hommes raisonnables de la Chambre repoussaient Taccusation; Roy er-Col lard avait lui-même annoncé qu'il se ferait Tavocat de Tancien ministre. Yillèle avait d'ailleurs repris son calme et attendait ses adversaires avec dédain. La droite appuya Montbel.

Martignac déclara qu'il ne pouvait laisser passer les termes dont s'était sei'vi Labbey de Pompières, et il mit d'abord le Roi hors de cause, a Non, dit-il, le Roi n'est pas isolé du peuple. Non, le peuple n'est pas privé de la confiance de son Roi. C'est contre ces foits que je viens protester hautement. Je viens les démentir à la fiace de l'Europe et de la France. » A cet appel que Martignac adressait aux sentiments monarchiques, la Chambre répondit par des cris unanimes de : Vive le Roi ! La rédaction de la proposition fut renvoyée aux bureaux. Labbey de Pompières en changea la formule et déclara simplement qu'il accusait les membres du précédent ministère de trahison et de concussion. Une commission de neuf députés, pris dans tous les groupes, fut nommée pour l'examiner.

La commission examina successivement les griefs

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