LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
vegarde, et sur laquelle il devait s'appuyer comme sur la colonne inébranlable de tous les droits politiques et sacrés.
Quand on en vint au chapitre de Tinstruction publique, Leclerc de Beaulieu, député de la droite, proposa la suppression du monopole universitaire , afin de mettre l'Université d'accord avec la Charge et avec la liberté d'enseignement que la Charte comprenait virtuellement. Il voyait là une question constitutionnelle. Ce discours fit sensation. Yatimesnil défendit alors les ordonnances ; il prouvi^ qu'elles respectaient la liberté de conscience et qu'elles se bornaient à constituer pour les Jésuites une simple incompatibilité. L'enseignement, étant un intérêt public, devait être régi par la loi civile. Quant à la hberté d'enseignement, la question était simple. 11 fallait la vouloir autant qu'elle était compatible avec l'ordre public et le bien même de l'enseignement. On devait chercher à se rapprocher progressivement de ce but; on pouvait, par exemple, examiner s'il ne convenait pas de modifier l'obligation imposée aux élèves des établissements libres de suivre les classes des collèges. Mais la surveillance des établissements libres ne constituait pas un monopole de l'Université, et l'État ne pouvait s'en dessaisir.
La discussion s'envenima. Plusieurs députés attaquèrent, ceux de la droite, l'Université, et ceux de la gauche, les Jésuites. Labourdonnaye était jusque-là resté muet sur les ordonnances; il critiqua deux de leurs dispositions, la limitation du nombre des élèves ecclésiastiques et la déclaration demandée, qui créait
une incapacité non établie par la loi. C'étaient là, suivant lui, des concessions malheureuses fiBÛtes au parti victorieux. Yatimesnil repoussa cette accusation. Portalis défendit à son tour le droit de TÉtat de surveiller l'instruction et l'éducation publiques. Enfin, lorsque la Chambre passa au budget de Tintérieur, Martignac, revenant sur ce débat, blâma les violences des hommes qui disaient le clergé persécuté, rappela ce que le Roi avait fait pour la religion, et repoussa hautement Tallégation injurieuse que le ministère .était entraîné par un torrent contre lequel il se débattait en vain. Il affirma que, loin de là, le cabinet saurait résister aux prétentions illégitimes, et défendre quand il le fendrait Tautorité sacrée dont il était dépositaire.
La question revint encore le 30 juillet, au sujet d'un crédit spécial de douze cent mille fi*ancs que le gouvernement demanda pour les petits séminaires. Un député de la gauche soutint que les établissements religieux devaient être, comme en Amérique, à la charge non de l'État, mais des fidèles. Les exagérations de députés de la droite ramenèrent à la tribune Feutiier, qui déclara de nouveau que ses intentions étaient méconnues et qu'on égarait l'opinion; puis Martignac, qui, repoussant pour les ordonnances la qualification d'être une injure à l'épiscopat, affirma que les évêques français sauraient donner un exemple salutaire et répondre à l'appel que le Roi leur adressait. Le crédit, peu contesté au fond, fut voté à une grande majorité.
Les deux budgets furent portés à la Chambre haute