LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
aux derniers jours de la session, c'est-à-dire trop tard pour y être examinés ; elle les ad(5pta sans discussion. Les pairs discutaient alors la loi sur la presse (débat ouvert le 9 juillet). On put se convaincre que Villèle n^avait pas réussi à briser leur majorité ni à changer leur esprit. La commission, dont Siméon était le rap* porteur, adoptait le projet. Les nouveaux pairs de la droite le combattirent avec vivacité, le trouvant insuffisant, et ne voulant y voir qu'une suite du malheureux système des ministres qui disaient aux libéraux des concessions déplorables. Ils jugeaient la garantie des cautionnements pleinement illusoire. Quelquesuns refirent les réquisitoires dont la presse était depuis longtemps Tobjet. Mais Mole, Pasquier, de Tournon, Decazes, le duc de Coigny et surtout Lally, prirent avec vigueur la défense de la loi, qui sauvegardait la publicité, condition première du gouvernement représentatif, et offrait à la société des garanties trèspréférables à celles des lois précédentes. La Chambre haute fut frappée de voir s'accorder sur ces points ses membres les plus considérables, et plus particulièrement les anciens ministres du cabinet Richelieu . Portails fortifia leur argumentation en rappelant à son tour que la liberté de la presse était écrite dans la Charte; qu'il fallait la respecter; que si la presse pouvait iaire beaucoup de mal, ce n^était pas elle qui Cuisait tout le mal ; que les moyens préconisés par les adversaires de la loi étaient usés; que la censure notamment était prouvée non-seulement inefficace, mais impuissante. La loi avait sur les précédentes l'avantage de déterminer avec beaucoup plus de précision II. tk
le rôle et le pouvoir des juges, en laissant moins d'arbitraire à leur appréciation. Enfin il fit, pour justifier le ministère, une profession de foi très-nette ; reconnaissant que nulle loi ne pouvait pourvoir à tout, il déclara qu'au jour du danger, le successeur de Henri IV et de saint Louis, en vertu du droit inhérent à sa couronne, serait toujours assez fort, avec le concours des Chambres, pour sauver l'État et les lois.
Chateaubriand, qui avait accepté l'ambassade de Rome, éprouva le besoin de sceller par un acte sa réconciliation avec le gouvernement. Après avoir rappelé heureusement que les prévisions exprimées par lui l'année précédente s'étaient vérifiées, il défendit la liberté de la presse comme il l'avait toujours feit, et la loi, que gâtaient à ses yeux quelques sévérités inutiles, mais qui n'en donnait pas moins les plus sérieuses garanties. Il fit ensuite sa propre apologie, et à ce propos il effleura les sujets brûlants. Il exprima sa confiance que le clergé, dont il avait le droit de se prétendre le défenseur, serait fidèle à ses tendances libérales de 1789. II dit qu'il ne allait être ni plus royaliste ni plus chrétien que le Roi. II loua le ministère de s'être décidé ik marcher fi*anchement dans les voies de la Charte ; il affirma que le système constitutionnel offrait l'avantage de résoudre aisément toutes les difficultés de gouvernement, et il assura les ministres que tous les obstacles s'aplaniraient devant eux comme par enchantement. Il allait à l'excès de Toptimisme comme il était allé à l'excès de l'opposition. La loi réunit 139 voix contre 91 .
La Pairie s'émut dans ses dernières séances en