LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
entendant le maréchal de Raguse et d'Ambrugeac critiquer vertement quelques-uns des discours prononcés à la Chambre des députés. Les deux orateurs, également familiers du Roi, étaient Técho des sentiments personnels de Charles X.
Les bancs des deux Chambres étaient déjà fort dégarnis lorsque la sessionfut close le 18 août.
Le ministère avait incontestablement gagné du terrain. Il avait fait preuve de sagesse et même de décision. L'autorité de ses membres était grande; le talent oratoire de Martignac inspirait une admiration générale. Prudent et toujours maître de lui, le chef du cabinet avait le coup d'œil juste et Tesprit d'àpropos; il savait commander l'attention et captiver ses auditeurs. Dupont de TEure disait que sa parole avait le charme d'une sirène. Par des lois générale* ment sages, raisonnables, par une certaine habileté à dénouer les questions difficiles, sinon à les résoudre, il était parvenu à obtenir presque constamment une majorité, bien que composée d'éléments variables, à amortir enfin la vivacité des passions déchaînées à sou avènement.
C'étaient là des résultats importants, et il n'y a pas lieu de s'étonner que, de tous les ministères de la Restauration, ce soit le seul qui ait laissé longtemps après lui un souvenir populaire.
• Le ministère, dit le duc de Broglie, s'était fait grand honneur dans cette session. Placé dans une position très-délicate entre le Roi qui ne cherchait qu^une occasion de s'en défaire et la Chambre qui n'avait de parti pris sur rien , peu soutenu par le
centre droit qui le trouvait trop enclin du côté du centre gauche , et plus médiocrement encore par celui-ci, sa conduite en toute occasion avait été prudente et ferme, hardie et mesurée. Il était sorti avec avantage de toutes les difficultés. »
Pourtant son succès était incomplet, et sa situation demeurait périlleuse. Martignac, qui poursuiyait le même hut que de Serre avec un autre genre de talent, ne devait pas mieux l'atteindre. Le libéralisme de ses projets n'avait désarmé la gauche que momentanément; il avait obtenu d'elle tout au plus un armistice. La droite tendait à l'abandonner. S'il était ordinairement appuyé par le centre droit, il n'était pas en réan lité l'expression directe de ce parti, dont les chefis, appartenant presque tous à la Chambre haute, se bornaient à le protéger et semblaient éviter de se compromettre avec lui. Martignac était réduit à chercher un appui flottant d'un côté ou de l'autre.
Il n'y fut même pas parvenu s'il eût eu en face de lui des partis disciplinés. Mais la Chambre de 1828 fut peut-être celle où les partis eurent le moins de cohésion.
La droite particulièrement était débandée. Elle comprenait le groupe religieux, le groupe des mtraitables, puis le groupe de la défection, abandonné par les hommes arrivés comme Hyde de Neuville, entretenu par ceux qui, comme Labourdonnaye, espéraient arriver à leur tour en persuadant le Roi qu'ils étaient nécessaires ; un quatrième groupe peu nombreux, composé d'hommes nouveaux sans griefs personnels contre le ministère ; enfin un dernier groupe