‹ Histoire de la RestaurationChapitre 187 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTERE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTERE MARTIGNAC

et le plus considérable, celui des anciens amis de Villèle. Ceux-là soutenaient le cabinet, mais incriminaient sa faiblesse, déploraient ses concessions « et reprochaient à Martignac le soin qu'il mettait à se séparer de ses prédécesseurs, à ne se prononcer sur aucun de leurs actes, à paraître les accuser en refusant de les défendre.

IX. Le parti religieux avait mal accueilli les ordonnances du 16 juin. Loin de se borner aux critiques fondées qu'elles suscitaient et qui avaient trouvé à la Chambre des organes plus ou moins modérés, il avait crié à la persécution. La presse religieuse, allant comme toute presse aux extrêmes, enfiellait les esprits. Les évéques résistaient peu à ce mouvement; ils s'y laissaient même entraîner. Quelques-uns d'eux publièrent des mandements très-vifs, où ils développèrent le thème que l'Église était livrée à la Révolution, et conclurent qu'il fallait que la France fût sauvée par Dieu et le Roi.

L'évéque du Puy, de Bonald, fils du pair de France, entra en lice le premier. 11 se prononça contre une ordonnance du 21 avril précédent, par laquelle Yatimesnil avait reconstitué les comités de surveillance de l'enseignement primaire, tout en faisant une grande part au clergé qui devait y compter trois membres sur neuf. Peu après, le P' août, parut un Mémoire adressé au Roi par les évéques de France. Ce mémoire, rédigé par l'archevêque de Paris, ne portait qu'une signature, celle du cardinal de Clermont-Tonnerre ; mais on savait que l'épiscopat, à l'exception de six membres

seulement, y avait adhère. Les évéqoes, après avoir protesté de leur obéissance au Roi Très-Chrétien, déclaraient ne pouvoir en conscience soumettre à la sanction du pouvoir civil la nomination des supérieurs et directeurs de petits séminaires, ni souscrire à rarticle qui exigeait que ces derniers n'appartinssent à aucune congrégation non autorisée. La limitation du nombre des élèves et la défense de j'ecevoir des externes n'étaient pas mieux admises. Sur tous ces points, les évéques exprimaient un non possumus formel.

Charles X vit dans cette publication une atteinte à son autorité. Il en fut froissé, et le duc d'AngouIéme exprima très-haut son mécontentement.

Le ministère répondit par une note assez ferme qui fut insérée le 17 août au Moniteur. II y déclara que le Roi n'avait pas autorisé les évéques à se réunir et à délibérer; qu'ils ne pouvaient dés lors lui donner que des avis individuels; que le mémoire ne lui avait pas été présenté, n'avait par conséquent pas été reçu par lui, et qu'il ne pouvait pas l'être; il afBrma enfin que la dignité de la couronne et le bien de la religion exigeaient l'exécution des ordonnances.

Pendant ce temps le mémoire circulait, tiré à cent mille exemplaires. Les évéques restaient unis, malgré les tentatives faites pour les diviser, et il était certain qu'on n'obtiendrait pas d'eux les renseignements demandés pour l'exécution de la loi, fixée au 1*' octobre. En présence de cette résistance à peu près unanime, Charles X résolut de s'adresser à Rome. Il y envoya un conseiller à la cour de cassation, Lasagni, ancien

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