‹ Histoire de la RestaurationChapitre 20 sur 256 · LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE

teurs, la difficulté se présentait déjà presque la même qu'aujourd'hui.

Lors de rélection des membres proposés au choix du roi pour la présidence, Labourdonnaye obtint seize ▼oix de plus que Ravez. Villèle et Corbière craignirent avec raison qu'une pareille nomination ne leur aliénât le centre droit et ne déplaçât leur point d'appui dans la Chambre. Ils ne craignaient pas moins de fortifier l'extrême droite et ses prétentions. Le Roi par ces dififérents motifs donna la préférence à Ravez. Labourdonnaye fut nommé vice-président avec Vaublanc, Bonald et Chabrol.

L'adresse fut votée rapidement. On y inséra une phrase significative contre les conspirateurs : « La France indignée demande qu'on déchire enfin le voile dont se couvrent les instigateurs des complots , et que l'impunité de leurs doctrines séditieuses ne fasse plus éclater de nouveaux crimes. » Le Roi, dans sa réponse, se félicita que les sentiments de la Chambre fussent de tout point conformes aux siens.

La session devait être consacrée aux affaires. On commença par discuter une loi de douanes, présentée depuis plusieurs mois.

Le directeur des douanes, Saint-Cricq, proposait d'élever la taxe d'importation sur les fers pour protéger les fers fabriqués en France , de modifier celle qui protégeait les sucres de nos colonies, et d'augmenter considérablement le droit d'entrée sur les bestiaux étrangers. La commission, dont Bourrienne avait fgdt le rapport à la session précédente, avait demandé une protection plus étendue, et le gouver-

nement y a\ait consenti dans une certaine mesure.

Le système des droits protecteurs était admis à peu près par tout le monde et sans distinction de parti. « Les droits de douanes, disait Bourrienne, ne sont pas un impôt; c est une prime d'encouragement pour Tagriculture, le commerce et Tindustrie, et les lois qui les établissent doivent être des lois de politique, toujours de protection, jamais d'intérêt fiscal. » Saint- Cricq posait en principe qu'il fallait calculer ces taxes d'après leur effet probable sur la prospérité du pays et sur le revenu public ; problème d'autant plus complexe que la prospérité du pays se composait d'éléments plus variés.

Deux députés, Ganilh et Delaborde, plaidèrent la cause de la liberté du commerce ; le premier toutefois admettait d'importantes réserves. Suivant lui, la loi régulatrice des relations commerciales de peuple à peuple devait être celle du bon marché, sauf pour les objets qu^il ne fallait jamais subordonner aux chances du commerce extérieur. Entre le système exclusif devenu impraticable, et la liberté absolue pleine de périls, il fallait adopter un système mixte; mais la grande difficulté était d'arrêter et de déterminer ce système.

La question des douanes se liait d'ailleurs étroitement à celle des colonies et à celle de nos rapports avec l'Amérique. Or les conditions de notre politique coloniale et de nos rapports avec l'Amérique étaient tout autres que par le passé ; il s'agissait d'adopter un régime nouveau, et les nombreux orateurs qui entreprirent de traiter ce difficile sujet furent loin de s'en-

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