LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
Jeune, aimable, et si elle partageait les passions du reste de la Camille royale, c'était avec le tempérament qu'y apportait la légèreté de son caractère.
Elle visita Chambord, les villes de la Loire, la Vendée qui lui fit honneur de tous ses souvenirs royalistes, puis Bordeaux, Pau et le Midi. Elle reçut partout -des fêtes et des ovations.
Au mois de septembre, le Roi, accompagné du Dauphin, vit les villes de l'Est, Chàlons, Verdun, Metz, Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Lunéville et Nancy. Ce voyage fut comme le précédent une marche triomphale; Charles X fut reçu avec beaucoup d'empressement et d'enthousiasme, en Alsace surtout. Les députés de l'opposition tinrent à honneur de se joindre :aux manifestations, et de lui être présentés.
Le Roi et la duchesse rentrèrent à Paris convaincus que l'opinion publique leur appartenait, et que le gouvernement n'avait qu'à vouloir pour triompher de l'opposition des Chambres. Charles X observait mali- ^ement à Martignac qu'on criait devant lui, non pas : Vive la Charte! mais : Vive le Roi ! L'opposition interprétait autrement les sentiments populaires Elle voulait y voir un effet des ordonnances du 16 juin.
Le résultat du voyage fut donc tout à fait contraire aux calculs de Martignac, qui avait cru en le conseillant fortifier le ministère. De moins en moins soutenu par le Roi, il se vit réduit plus que jamais à faire de la politique de conciliation ou, comme on disait déjà, de juste milieu , c'est-à-dire à vivre d'expédients.
La droite, mécontente des ordonnances et s'eflrayant
d'un système de concessions que Ton comparait à celles de Louis XYI, accentuait son opposition* Elle trouvait l'occasion de le faire au sein des conseils généraux, dont elle était maîtresse, car les membres en étaient alors nommés par le Roi. Ces conseils, peu soucieux de se renfermer dans leurs attributions, exprimaient des vœux politiques. La presse blanche redevenait violente, et, symptôme significatif, des personnages connus écrivaient des brochures pour exposer les droits que la Charte laissait au Roi, les moyens qu'il avait de s'en servir et les divers partis qu'il pouvait prendre pour sauver la France. Les auteurs de ces écrits se donnaient libre carrière, sachant Charles X disposé à suivre leurs conseils et animé d'une défiance mal dissimulée à l'égard de ses ministres.
Les libéraux auraient dû être satisfaits du cabinet et lui garantir leur concours. Plusieurs de leurs chefs comprenaient cette nécessité. Mais ils étaient entraînés par les passions du parti qui exigeait une satisfaction plus conïplète, et pour l'obtenir ils se croyaient obligés de maintenir V union de la gauche, c'est-à-dire de tous les groupes qui la formaient. Tous ces groupes avaient une assemblée commune qui se tint d'abord rue Grange-Batelière et qui fut ensuite transférée rue de Rivoli. On y soutenait qu'il n'existait plus que deux partis, la gauche et la droite ; que la gauche devait rester unie pour être puissante, et que toutes les combinaisons poursuivies par les ministres étaient afBaire de coteries. On y avait résolu qu'il fallait rendre les conseils généraux et municipaux électifs, et obtenir de grands changements dans le personnel de la haute