‹ Histoire de la RestaurationChapitre 192 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC

administration et des préfectures, encore remplies d^hommes qui avaient servi le système de Yillèle. Le Globe, organe des libéraux doctrinaires, disait que le ministère devait marcher avec la Chambre élective et ne pas abriter sa faiblesse derrière la volonté du Roi ; qu'on ne cherchait pas à le renverser, mais à le pousser dans la bonne voie.

Martig;nac et Portalis rédigèrent un mémoire qui fut présenté au Roi au mois d'octobre. Ils lui recommandèrent, entre autres mesures législatives, une loi départementale et communale, et le renvoi ou le déplacement d'un certain nombre de fonctionnaires. Us représentèrent qu'ils ne pouvaient obtenir de majorité qu'avec l'appui du centre gauche, puisque la droite se dérobait. Si le cabinet ne conquérait pas cette majorité, il serait obligé de se retirer; or il prévenait le Roi qu'une dissolution de la Chambre, venant après celle de l'année précédente, serait insensée et plongerait la France dans de nouvelles révolutions au milieu desquelles disparaîtrait le trône de saint Louis.

Charles X, ému de cette communication, demanda à réfléchir. Il s^était flatté que les successeurs de Yillèle marcheraient dans la même voie que lui, et seraient seulement moins impopulaires. Maintenant il voyait le ministère du centre droit, puisque c'était son nom, s^écarter de la droite pour chercher du côté de la gauche, défiante et peu traitable, un appui douteux. Il commençait à regretter les ordonnances du 16 juin, qui lui avaient coûté beaucoup, et que la cour blâmait généralement. Il n'appréciait pas à leur juste mesure les qualités et les services de Martignac, du ministre

« qui cherchait à lui rendre la couronne légère ' » . II comparait ses succès oratoires aux fioritures de la diva qui chantait aux Italiens. Roy et Portalis étaient les seuls membres du cabinet auxquels il accordait personnellement quelque confiance. Il écoutait plus volontiers le petit cercle de ses conseillers intimes.

Il garda pendant plusieurs semaines un silence embarrassant pour le cabinet. Il ne pouvait surtout se décider à sacrifier des fonctionnaires qui Tavaient servi. Il finit par consentir à la présentation des nouvelles lois, mais il fit peu de concessions de personnes. Neuf préfets seulement furent mis à la retraite ou appelés à d'autres fonctions; quelques aqtres furent déplacés- Cinq conseillers d*Etàt, parmi lesquels Delavau, Franchet et Dudon, furent mis en service extraordinaire.

Le ministère annonça dans lé Moniteur, le 14 novembre, que les changements nécessaires étaient accomplis, et qu'il n'y en aurait point d'autres. Cette note eut peu de succès. La résistance du Roi n'était un secret pour personne. La droite se récria contre une concession que la gauche trouva tout à (ait insuffisante. Elle accusa le cabinet de s'être mis dans l'alternative de devenir révolutionnaire ou de disparaître.

Le 3 novembre, une ordonnance avait réglé l'organisation et le service du conseil d'État, pour répondre aux critiques élevées par la Chambre des députés. Le ministère prit encore quelques importantes mesures d'administration. Hyde de Neuville multipliait les

' Expression de Pollgnac.

Page 1