‹ Histoire de la RestaurationChapitre 193 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC

ordonnances relatives à la marine, et montrait dans son département une activité un peu désordonnée.

Jusque-là le ministère avait évité les procès de presse. Il en intenta un à la Gazette de France, qui fiit acquittée sur un plaidoyer de Tavocat Hennequin (12 novembre), et un autre plus sérieux à Béranger qui venait de publier de nouvelles chansons manifestement injurieuses pour la religion et le Roi. Le ministère public prouva sans peine que ces chansons, sous leur forme légère, étaient Tacte d'une méchanceté réfléchie. Béranger les avait composées exprès pour être poursuivi et pour protester à sa manière contre les assurances que la gauche prodiguait, de son respect pour rÉglise et de son dévouement pour Charles X. Il fut condamné très-justement à dix mille francs d'amende et neuf mois de prison. Les journaux libéraux, gênés par cette incartade, furent réduits à plaider Tinsignifiance de ces chansons ou les circonstances atténuantes tenant aux fautes du gouvernement. Les amis du chansonnier ouvrirent, non sans quelque hésitation, une souscription qui paya Tamende. Les ministres eurent la faiblesse de la tolérer.

Une lettre pastorale de Tarchevéque de Paris déclarant à son clergé que, grâce à la concitiation qui avait eu lieu entre les chefs de TÉglise et de TÉtat, l'exécution des ordonnances avait été rendue tolérable à la conscience, réveilla un instant des polémiques mal éteintes. Les journaux libéraux concltirent de ces termes que les ordonnances s'exécutaient mal. Le ministère fut obligé de déclarer au Moniteur qu'il n'eu était rien; que la première ordonnance était déjà pleine-

ment exécutée, et que la seconde le serait dans le temps voulu.

Les élections partielles qui eurent lieu avant la nouvelle session furent favorables à la gauche. Un des élus fut le général Lamarque, dont les amis s^exagéraient les talents. Ils s'imaginaient qu'il prendrait à la Chambre la place du général Foy.

XII • L'annonce de la prochaine session eut lieu le 7 décembre, et son ouverture fut fixée au 27 janvier.

La Ferronnays était malade et avait dû prendre un congé ; Bayneval, un de ses subordonnés, disait Tintérim. Le 2 janvier 1829, il fut frappé de paralysie dans le cabinet du Roi. Le surlendemain, Charles X donna l'intérim des af£giires étrangères à Portalis.

Quoique la Ferronnays fût loin d'exercer dans le cabinet l'action dirigeante, la droiture de son caractère, la franchise de ses sentiments, la noblesse de son attitude lui avaient acquis les sympathies de tout le monde, même des libéraux. 8a retraite était pour les autres ministres une perte difficile à réparer. Il était d'ailleurs plein de sens et de clairvoyance, car il témoignait dans sa correspondance particulière une juste inquiétude de la situation incertaine du ministère, réduit, comme il le disait, à traîner son drapeau dans tous les coins de la Chambre.

On lui chercha un successeur. Les ministres songèrent à Pasquier, au duc de Mortemart, même à Casimir Périer. Le nom de Chateaubriand se présentait aussi, car ses exigences étaient connues, et en acceptant l'ambassade de Rome il ne les avait pas dissimulées ;

Page 1