LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
mais on savait qu'il voudrait composer un cabinet nouveau, et que le Roi ne raccepterait ni lui ni les hommes qu'il choisirait*
Charles X s'ouvrit à Portalis, et lui ordonna d'ap^ peler Polignac et Ravez, auxquels il voulait donner deux portefeuilles pour fortifier le ministère dans le sens de la droite. Il éprouvait pour Polignac la même affection personnelle que Louis XVIII avait eue pour Decazes ; il avait toujours songé à lui, quoiqu'il se fût arrêté devant les résistances de Villèle^qui n^avaitpas voulu l'accepter pour collègue, et avait repoussé l'idée de l'avoir pour successeur. Maintenant son parti était pris.
Portalis fit des objections très-vives à ces choix, même à celui de Ravez, dont le caractère était cassant, et qui était l'homme de Yillèle. Il ne cacha pas au Roi que le cabinet se retirerait plutôt que d'accueillir dans, son sein ces deux nouveaux membres, et de se représenter devant les Chambres dans de telles conditions.
Ravez ne répondit pas à l'appel qui lui fut adressé ; il demeura à Bordeaux. Mais Polignac revint de Londres, et se mit à la disposition du Roi. CharlesX, après avoir proposé inutilement différentes combinaisons pour le faire accepter, le chargea d'une manière assess peu secrète de former un nouveau ministère. Polignac l'entreprit et frappa à toutes les portes ; il n'éprouva que des refus. On était cependant à la veille de l'ouverture des Chambres, et l'on ne pouvait la retarder. Le cabinet ofiBrit sa démission si l'ambassadeur n'était renvoyé à Londres immédiatement. Le Roi céda.
Le cabinet Martignac demeura donc pour ouvrir la n. 25
session. Mais il se savait condamne d'avance par le Roi, et les deux oppositions dont il allait recevoir les feux croisés savaient aussi que ses jours étaient comptés. Portai is continua de remplir Tintérim des affaires étrangères; on lui donna Bourdeau pour sous-secrétaire d'État à la justice.
Charles X ouvrit la session le 27 janvier. II annonça que la Morée était affranchie, mise sous la protection des trois puissances, et que les négociations avec la Turquie suivaient un cours fiivorable ; que les troupes d'Espagne allaient être ^rappelées et les dettes de ce pays réglées; que les difficultés avec Saint-Domingue et avec l'Amérique du Sud étaient en voie d'arrangements ; que l'afEaire d'Alger demeurait seule en suspens.
Pour l'intérieur, il dit que la presse afib^nchie jouissait d'une liberté entière ; que si la licence, sa funeste ennemie, se montrait encore, la raison publique , s'affermissant et s'éclairant, ferait justice de ses écarts, et la magistrature, fidèle à ses traditions, saurait remplir ses devoirs. Il dit encore que les ordonnances du 16 juin, fruit de mûres réflexions, avaient été exécutées avec cette fermeté prudente qui conciliait l'obéissance due aux lois, le respect dû à la religion et les justes égards auxquels ont droit ses ministres.
Il fit connaître que l'état des finances était satisfaisant; qu'un projet d'organisation municipale et départementale serait soumis aux Chambres; qu'il s'agissait de la mettre en harmonie avec nos institutions , d'assurer une juste part aux communes et aux départe* ments dans la gestion de leurs intérêts, en conservaut