LIVRE XYII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
au pouvoir de la couronne la plénitude de sa force. Enfin il déclara que le bonheur de la France consistait dans Tunion sincère de Tautorité royale et des libertés que la Charte avait consacrées, a Cette union, ajoutat-41, vous êtes appelés à la rendre plus étroite et plus solide. Vous remplirez cette mission en sujets fidèles, en loyaux Français, et Tappui de votre Roi ne manquera pas plus à vos efforts que la reconnaissance publique. »
Ce discours sage et d'une parfaite correction parlementaire fut très-applaudi, au moins par les centres et la gauche.
La gauche avait lieu d'être satisfaite, en dépit de ses réserves et de ses défiances. Déjà d'ailleurs Casimir Périer, Sébastiani, Humann commençaient à entrevoir la possibilité d'arriver au pouvoir, et se ménageaient.
Les élections du bureau donnèrent une grande majorité à la liste dressée en commun par la gauche et le centre. Royer-Collard, placé en première ligne, fut de nouveau choisi par le Roi. « Ce nom, disait le Journal des Débats, est un principe. Le ministère, les députés, la France, tout le monde sait quel est ce principe. Quiconque l'adopte renonce à vouloir autre chose que la Charte, autre chose que l'accord pacifique de la prérogative royale et des franchises populaires. »
L'adresse de la Chambre des pairs fut rédigée par Pasquier, et votée presque sans débat. Elle fournit seulement à Polignac l'occasion de faire, avant de retourner à Londres, une profession de foi. Répondant aux journaux pour qui son nom était un épouvantai!
il 86 déclara conyaincu de la nécessité des institutions représentatives, objetde ses études constantes. Il affirma sa résolution de concourir à leur maintien, quoiqu'il s'eflrayàt de voir qu'on les dénaturât souvent, et qu'on cherchât à en faire une arme pour affaiblir la couronne et la religion. Cette apologie vague et médiocrement adroite ne satisfit personne. On n'y vit que le premier acte d'une candidature ministérielle posée hors de propos, et peut-être l'expression des idées personnelles du Roi, en opposition avec le discours de la couronne, exposé des idées du ministère.
 la Chambre des députés, la commission de l'adresse, composée surtout de membres de la gauche, nomma Etienne pour rapporteur. La discussion eut lieu le 6 février et dura neuf heures consécutives.
Le général Lamarque fit ses débuts en reprochant au ministère de s'être inféodé pour les affaires de Grèce à la politique anglaise. Laffitte, tout en trouvant qu'on avait fait trop peu pour les Grecs, félicita le cabinet d'avoir pris au dehors une attitude indépendante. Parlant déjà presque en ministre, il déclara la situation politique et financière satisfaisante. Il dit pourtant, par allusion à Polignac, qu'un nom avait suffi pour jeter l'effroi, et qu'il fallait assurer par des résolutions décisives les espéi*ances constitutionnelles.
Portalis n'eut aucune peine à réfuter les critiques dirigées contre la politique étrangère et à rétablir les faits mal connus ou mal appréciés.
Conny exposa ensuite avec amertume les griefs et surtout les craintes de la droite. Il dénonça une conspiration ourdie contre la couronne et ses prérogatives.