‹ Histoire de la RestaurationChapitre 198 sur 256 · LIVR:E XVH. — MINISTÈRE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

LIVR:E XVH. — MINISTÈRE MARTIGNAC

lion politique et toute idée d'assurer par des combinaisons artificielles la prépondérance de telle ou telle classe. En exposant les prétentions du parti libéral, Guizot et Sébastiani déclaraient que les changements proposés à la loi respectaient l'initiative du trône et laissaient à Charles X Thonneur d'avoir voulu donner une Charte départementale.

Au fond, ces changements étaient sagement motivés et n'avaient rien d'inacceptable. Mais ils étaient considérables et présentés, surtout ceux de la loi départementale, avec un caractère absolu qui contrastait avec la déclaration finale.

Aussi la difficulté d'opérer un rapprochement entre le ministère et les commissions frappa-t-elle les esprits les plus portés à la conciliation. Quelques tentatives eurent lieu. Royer-Collard, que sa situation appelait à une sorte de rôle modérateur, y prit une part active ; mais les solutions pratiques étaient peu son lait. D'ailleurs, Charles X repoussait toute transaction. Il n'avait accepté le projet qu'à regret, et une transaction l'eût obligé à des concessions nouvelles auxquelles il se refusait d'avance. Il liait ainsi ses ministres et les plaçait dans une position difficile en lace de la Chambre.

La gauche, qui avait d'abord accueilli les deux projets avec une certaine feveur, à cause de leur caractère marqué de libéralisme, ne tarda pas, examen fait, à les trouver insuffisants et à les combattre, tandis que la droite, peu rassurée par les arguments de Martignac, y vit une diminution de l'autorité royale, et la constitution de ce qu'elle appelait « un monopole

électoral poussé jusqu^aux limites propres à donner la majorité à la classe moyenne * » .

En prenant cette attitude, la droite se donnait un démenti à elle-même; car sous Louis XVIII elle avait constamment réclamé l'élection des conseils. Elle avait même en 1823 traité Villèle et Corbière de renégats pour y avoir renoncé. Mais beaucoup de ses membres étaient revenus de leurs illusions libéraies; les pétitions dont la Chambre était assaillie contre le double vote, contre la septennalité, contre la loi du sacrilège ; Tacharnement que mettait Textréme gauche à les soutenir, la violence de certains débats sur des sujets sans importance, l'élection qui eut lieu au mois de mars du général Clausel, étaient autant de sujets d'eftroi. D'autres députés du côté droit tenaient à (aire échec au ministère, et ces derniers cédaient d'autant plus volontiers à la tentation qu'ils connaissaient les sentiments du Roi ; ils savaient que Charles X n'avait accepté le projet ministériel que comme contraint.

On ne put s'entendre sur Tordre de la discussion. Logiquement la loi communale devait avoir la prio" rite ; mais la gauche résolut de feire discuter la loi départementale la première. C'était, disait-elle, la plus urgente et la plus efficace, puisque le parti vaincu s'était cantonné dans les conseils départementaux. Son adoption devait entraîner le renouvellement prochain de ces conseils, le changement si désiré d'un

* C'est l'opinion exprimée par Villèle, et ce sont les propre» termes dont il se sert.

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