LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
grand nombre de préfets, et par suite un choix de maires plus libéral. Il importait donc qu'elle fût adoptée la première, et surtout qu'elle ne fût pas ajournée, dans le cas où la loi communale ne saurait aboutir. Vainement quelques orateurs réclamèrent-ils la priorité en faveur de cette dernière, en alléguant que l*entente à son égard était plus facile. Vainement Martignac appuya-t-il leurs arguments, et donna-t-il Fassurance que si la loi municipale était votée, le projet de la loi départementale ne serait pas retiré, comme quelques-uns affectaient de le craindre. L'extrême droite, espérant feire échouer plus facilement et plus vite les deux projets en adoptant la tactique de la gauche, se réunit à celle-ci pour battre le ministère sur une question purement préjudicielle, il est vrai, mais qui lui présageait d'autres échecs. La Chambre décida que la loi départementale serait discutée la première.
XIV. Soixante-treize députés se firent inscrire pour la discussion, qui dura du 30 mars au 8 avril.
Le premier orateur, de Formont, de la droite, soutint qu'introduire l'élection dans le choix des conseillers des départements, des arrondissements ou des communes, était reconnaître le prétendu principe de la souveraineté du peuple. Il fit une sorte d'amende honorable pour ceux des royalistes qui s'étaient laissé autrefois séduire par cette idée, et déclara que son parti ne pouvait admettre qu'une seule chose, la nécessité de rendre la vie aux assemblées locales pour faire contre-poids à la centralisation administrative.
d96 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
En général, les députés de la droite s'abstinrent de parler. Ceux qui le firent prétendirent que la couronne était annulée et la prérogative royale compromise. Salaberry, dont les boutades spirituelles faisaient écouter les violences, prétendit qu'enlever au Roi la nomination des conseillers généraux était « faire de la révolution et non de la monarchie » . La droite ne distinguait pas entre le projet ministériel et celui de la commission. Elle les englobait tous les deux dans le même anathème.
Les orateurs de la gauche furent au contraire nombreux; ils réclamèrent tous Textension du droit électoral. Ils trouvèrent illogique d'éliminer les électeurs qui nommaient les députés, et dangereux de créer deux corps électoraux qui pourraient être en opposition Tun avec l'autre. Jacqueminot n*admit le projet de la commission que comme un minimum, en attendant des mesures plus larges encore. Etienne accusa les ministres de vouloir, comme leurs prédécesseurs, créer indirectement par les lois une aristocratie factice, tandis que tous les jours l'aristocratie se défaisait par les mœurs. De vaux soutint que la loi était une loi de défiance, s'occupant d'intérêts Factices et refusant de donner satisfaction à des intérêts positifs. Jars, député de Lyon, parla avec beaucoup d]autorité et de succès. Suivant lui, la loi devait délivrer les départements d'une administration qui, violente sous les ministères précédents, avait peu changé avec le ministère actuel. L'élection pour les conseils départementaux et communaux était un droit et une conséquence rigoureuse du système représentatif. Le ministère, qui