‹ Histoire de la RestaurationChapitre 200 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC. 39T · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC. 39T

admettait le principe de Télection directe, ne pouvait en refuser V application sincère, et la gauche serait unanime pour l'exiger.

Le ministère garda le silence pendant trois jours. Enfin, le 1*' avril, Martignac répondit avec une certaine amertume à des accusations qu'il avait prévues. II dit à la droite que le projet ne violait pas la Charte, qu'il ne livrait pas les privilèges de la couronne; que le système de Télection avait été réclamé en 1821 par un très-grand nombre de députés royalistes. Vis-à-vis de la gauche il se montra plus faible, et la valeur douteuse de quelques-uns de ses arguments trahit son embarras. Il prétendit que la suppression des conseils d'arrondissement offrait des inconvénients graves et ne pouvait se faire légalement par un simple amendement ; que le principe étant admis que les conseils généraux devaient être absolument étrangers à la politique, ce serait le fausser que de les fiaiire élire par les mêmes électeurs que la Chambre. Il s'autorisa de l'opposition qu'il rencontrait à droite et à gauche, pour soutenir que la loi n'était ni aristocratique ni révolutionnaire; qu'elle n'était pas conçue dans un intérêt de cabinet, mais en vue de l'avenir du pays. Les ministres passagers d'une monarchie permanente devaient, dit-il, avoir des vues plus hautes qu'on ne les leur supposait. Il donna clairement à entendre que le projet ministériel, suffisamment libéral, était l'œuvre de la volonté du Roi. Son discours éloquent, non dépourvu d'habileté, mais subtil dans quelques parties, fut écouté avec plus d'attention que de ftivrur.

Le lendemain, Labourdonnaye parla avec une g]*ande hauteur de vues et en homme de gouvernement. Quoi qu'on pût penser des principes de la loi, il envisageait surtout les conséquences des deux projets présentés, et il trouvait le moment mal choisi pour opérer des changements aussi graves. On allait détruire l'équilibre des pouvoirs, augmenter par la masse nouvelle des électeurs départementaux et communaux la force de la démocratie, au préjudice àf Taristocratie et de la couronne. « La démocratie, disait-il aux députés, n'attend que le résultat de vos délibérations pour tout envahir. » Et il citait Faction du comité directeur qui tyrannisait jusqu'à son propre parti. II montra la Chambre des pairs faible, n'ayant pas encore de fortes racines dans le pays , et tirant uniquement ses prérogatives de la couronne. Fallaitil af&iblir celle-ci à son tour, pour arriver à n'avoir plus que l'ombre de la monarchie? « L'action du pouvoir royal est, dit-il, la sauvegarde de tous les droits, de toutes les libertés. C'est même la sauvegarde de ceux qui attaquent ce pouvoir avec le plus de violence ou le livrent avec le plus de faiblesse et de légèreté. » Arrivant ensuite au principe de ï élection^ dont il avait différé l'examen, il en réduisit la valeur et prouva que les arguments tirés de notre histoire ne concluaient nullement en sa faveur.

Bien qu'il se contentât d'effleurer la discussion des deux projets, ce discours, plein de sens et de vues aussi justes qu'élevées, produisit un grand effet. La droite l'applaudit avec enthousiasme, et Charles X en exprima sa satisfaction à l'auteur.

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