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LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE

tion, ce qui inspirait quelques appréhensions au Roi. Peyronnet, peu connu avant les derniers procès de la Chambre des pairs, dut son élévation à son talent oratoire. II était suffisant et tombait fecilement dans la déclamation ; mais la vigueur de son caractère et la force de sa parole faisaient espérer qu'il saurait rendre au cabinet les services que Laine et de Serre avaient rendus au ministère précédent.

La direction de la police fut donnée à Franchet, agent de la congrégation, et la préfecture de police à Delalot. Ces choix eurent par la suite une influence considérable. Le second surtout, après les dernières scènes de la Chambre, était très-fàcheux.

Pasquier, Siméon, Portai et Roy furent créés pairs de France ; de Serre, Latour-Maubourg et Portai devinrent ministres d'État et du conseil privé. Mounier et Portalis entrèrent au conseil d'État.

L'opinion générale, que la droite même partageait, était que ce ministère durerait peu. La capacité des nouveaux ministres était inférieure à celle des anciens, et la présence dans le cabinet de deux grands seigneurs, Montmorency et Clermont-Tonnerre, ne donnait pas le change sur ce point. Il était clair qu'on allait avoir un gouvernement de parti, ce que la droite avait toujours voulu, épreuve périlleuse pour ce parti et pour la France. Les libéraux ne voyaient là qu'un essai, une phase passagère destinée à leur frayer le chemin du pouvoir. Comme le public avait cru longtemps que la droite n'arriverait au gouvernement que sous le règne du comté d'Artois, on prêta à Louis XVIII ce mot spirituel : «Je suis bien aise de voir de mon vivant

k HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

comment les choses se passeront après ma mort. »

Richelieu avait prétendu gouverner avec le centre en prenant son point d'appui sur la droite. Yillèle renversa les positions et prétendit gouverner avec la droite, ayant le centre pour auxiliaire. Il ne voulait changer que le point d'appui. Mais ce changement présentait deux difficultés. Il £dlait d'abord discipliner la droite et la satisfaire, choses également difficiles. Villèle, qui jusqu'alors s'était à peu près contenté de suivre son parti, allait-il le diriger? La concession de quelques postes importants et d'une vingtaine de préfectures à des royalistes connus devait-elle suffire aux exigences des pointus ?

Dès le premier jour, pour donner l'ambassade de Naples à de Serre, il fut obligé de lutter contre Montmorency qui la voulait pour le duc de Laval, un de ses parents, et qui témoigna un vif mécontentement de ne pas l'obtenir. Il dut satisfaire Chateaubriand, qui avait depuis longtemps quitté la Prusse, en l'appelant à l'ambassade de Londres, libre par la démission de Decazes. Labourdonnaye lui-même prétendait à un poste diplomatique, celui de la Haye.

Dans les Chambres, le centre, décidé à soutenir le nouveau cabinet, n'éprouvait pour lui ni sympathie ni confiance. Lés hommes qui avaient approuvé et appuyé la politique du 5 septembre ne pouvaient prêter qu'un concours réservé à ceux qui l'avaient combattue et fait échouer.

On remarqua néanmoins que la crise ministérielle n'amena sur les fonds qu'une baisse de trois francs, preuve de la fermeté acquise par le crédit public.

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