LIVRE XI. — MINISTERE VILLELE
Trois douzièmes provisoires sur le budg^et furent votés le 21 décembre.
II. Le 22, on découvrit un complot militaire qui devait éclater à TÉcoIe de Saumur, et Ton arrêta plusieurs sous-officiers. Un autre complot qui s'y rattachait et qui était plus étendu se préparait dans la garnison de Belfort.
Les jeunes gens, tels que Bazard, Bûchez et autres, qui formaient là haute vente de Paris, avaient introduit le carbonarisme ou, comme on disait alors, la chav" bomterie dans plusieurs régiments. Ils avaient du moins gagné un certain nombre de sous-officiers ou de h'eutenants, en leur communiquant leurs passions et leurs espérances. Us s'étaient même affilié les anciens colonels Pailhès et Brice, tous deux capables d'un coup de main, et le colonel Fabvier, ulcéré de la manière dont il était traité. Enfin ils étaient entrés en relations plus actives avec le comité directeur, depuis que les députés membres de ce comité avaient fait Texpérience de l'impunité. D^Argenson et Kœchlin, Alsaciens tous les deux, encourageaient le soulèvement de Belfort ; ils devaient former un gouvernement provisoire avec la Fayette, que Guizot a appelé l'ornement de toutes les conspirations et qui promettait de se montrer au moment voulu.
Le complot de Belfort était préparé pour le 28 décembre. Divers motifs en firent remettre l'exécution au l** janvier. Les conjurés de plusieurs garnisons voisines, parmi lesquelles était celle de Neuf-Brisach, devaient se réunir à Belfort à une heure donnée et
occuper la ville de concert avec les délégués des ventes parisiennes. Mais Tinexpérience des meneurs, le manque d'une direction unique, la diversité des éléments qu'il fallait mettre en œuvre, Tabsence ou Thésitation des députés qui conspiraient et ne se montraient pas, la défiance que les conjurés de Paris inspiraient aux conjurés d'Alsace, rendaient le succès plus qu'incertain. Le gouverneur de la place, quoique averti à la dernière heure, paya de sa personne et courut faire des arrestations. Les conjurés, surpris, s' enfuirent presque tous à la hâte.
La Fayette avait commencé par envoyer son uniforme ; puis il s'était décidé à partir, et il était arrivé à Lure d'où il n'avait plus que quelques lieues à faire, quand il apprit que le coup était manqué. Il poursuivit son voyage dans une autre direction.
Le public ne vit d'abord dans ce complot avorté qu'une échauffburrée sans conséquence. Le ministère lui-même ne le présenta pas autrement. On devait promptement se détromper. C'était une série de conspirations qui commençait. La police, qui avait reçu l'éveil, arrêta dans le même temps à Toulon le capitaine Yalée, philhellène qui faisait des armements prétendus pour la Grèce. Elle poursuivit aussi à Marseille un autre militaire des plus ardents, le lieutenantcolonel Garon ; mais ce dernier lui échappa.
III. Le ministère avait retiré la loi de censure, objet des colères de la droite. II la remplaça par une loi sur la police des journaux, que Peyronnet présenta le 2 janvier. Cette loi interdisait la publication de tout