‹ Histoire de la RestaurationChapitre 201 sur 256 · LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC. S · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC. S

La gauche revint à la charge, et ses <9t*ateurs accaparèrent la tribune. Viennet fut très-agressif. Il reprocha à la droite de vouloir l'arbitraire et le bon plaisir ; il s'attacha surtout à combattre des appréhensions qu'il traitait de chimériques. Rien dans Tétat de la France ne ressemblait à ce qu'on avait vu sous la Révolution. Il déclara qu'aucune révolution n'était imminente ni possible, et que le gouvernement des Bourbons était hors de cause. C'était alors une opinion établie et sincèrement partagée par un grand nombre de libéraux que la Révolution était accomplie, et que de simples changements politiques ne pourraient la recommencer.

On s'étonnait qu'aucun député ne défendit le projet ministériel. Le cabinet fit un nouvel effort. Portalis et Yatimesnil s'en chargèrent : Portalis, avec son talent et sa hauteur ordinaires, démontrant à la droite qu'elle ne devait pas s'effrayer de la loi, et à la gauche qu'elle pouvait çt devait s'en contenter; Yatimesnil, avec un esprit plus conciliant. Mais la conclusion de ces discours était la même, que le gouvernement n'accep* terait aucun des amendements de la commission.

Dès lors, la discussion n'avait plus guère d'objet. Cependant Ravez se fit encore écouter en combattant avec force le système des deux projets, en montrant que la Charte avait laissé subsister la nomination des conseils par le Roi; qu'il y aurait péril à descendre plus bas qu'elle n'avait (ait, à constituer une opposition à tous les degrés de l'administration, et û donner à la Chambre des conseils rivaux qui pourraient être ses maîtres.

Aux derniers moments de la discussion, les partisans du ministère eurent une lueur d'espérance. Ils se flattèrent que le centre gauche, convaincu de Timpossibilité de faire passer le projet de la commission, se déciderait à voter pour le projet ministériel, qui lui donnait une demi-satisfoction, et voudrait éviter ainsi de renverser le cabinet. Delalot essaya d'amener une transaction, et représenta que le principe de rélection une fois admis, il fallait en fieiire Texpérience et savoir en attendre les conséquences.

Mais Mailignac déclara que le ministère ne pouvait prendre d'autre responsabilité que celle du projet qu'il avait soumis à la Chambre; que le Roi offrait d'abandonner un droit qu'il possédait sans contesta' tion; qu'il s'agissait de savoir si l'on pouvait accepter la concession et refuser la condition que sa sagesse voulait y mettre. La gauche s'écria que le ministre prétendait lui forcer la main, et qu'il n'y avait plus de Chambre si sa doctrine était admise.

La discussion générale étant close, Sébastiani la résuma, repoussa les objections adressées au projet de la commission, montra qu'elles pouvaient s'appliquer tout aussi bien au projet du gouvernement; que les élections n'auraient ni plus ni moins de caractère politique. dans un système que dans l'autre; que le système de la commission, plus en rapport avec les intérêts du pays, offirait l'avantage d'exclure les arrière-pensées et d'éviter les défiances; qu'il était d'ailleurs plus rationnel; qu'il supprimait un rouage inutile, celui des conseils d'arrondissement, et qu'en plaçant l'élection des conseillers généraux au canton,

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