LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
il donnait à Tordre public et aux influences locales une garantie de plus.
On passa aux articles. Le premier était celui des conseils d'arrondissement. Une partie du centre gauche était disposée à céder au ministère sur ce point, qu'il était facile de détacher du reste de la loi.
La commission demanda que Tordre des articles fût interverti. Martignac insista pour qu'il fût maintenu. La majorité lui donna gain de cause.
Mais le succès du ministère sur cette question préjudicielle, malgré Témotion extrême qu'il produisit, ne pouvait avoir une grande portée. Le lendemain, 8 avril, l*article additionnel de la commission supprimant les conseils d'arrondissement fut adopté, malgré les efforts contraires d'Hyde de Neuville, de Vatimcsnil et de Cuvier. La gauche votait pour l'article ; une partie de la droite s'abstint, et cette abstention décida le résultat du vote. Martignac et Portalis quittèrent la Chambre ; ils y rentrèrent au bout d'une heure, et Martignac donna lecture d'une ordonnance royale qui retirait les deux projets.
La gauche ne put cacher son désappointement ; les centres furent plongés dans la stupeur. La droite, dont Tabstention avait fait échouer le ministère en même temps que la loi, sortit triomphante.
XV. Le ministère était donc battu par la gauche qui n'avait pas répondu à son appel, et par la droite qui lui déclarait son hostilité. Cet échec était grave pour le pays, car c'était Tavortement de tout essai de gouvernement modéré. Il était grave pour le Roi, car &• S6
la scission se fiaisait dès lors irrémédiable entre la royauté des Bourbons et le parti constitutionnel.
La gauche éprouva un embarras naturel. Ses chefs, se défendant d'avoir voulu renverser les ministres, les accusèrent d'entêtement; ils disaient et ils affectaient de croire que, s'ils eussent cédé, le Roi eût cédé à son tour. Us leur reprochèrent d'être maladroits, colériques, de ne savoir que diviser et aigrir. Au fond, ils étaient mécontents d'eux-mêmes et de leur parti; ils sentaient, sans vouloir en convenir, que c'était une faute grave de ne pas avoir soutenu Martignac. Cette faute, Dupin, Guizot, le duc de Broglie devaient plus tard la reconnaître et la déplorer. Guizot avoue dans ses Mémoires que le parti libéral était trop impatient, trop désireux de la popularité et trop rempli de l'esprit de système ; évidemment c'est de lui-même qu'il veut parler et de la part qu'il avait prise à cette campagne malencontreuse, en poussant ses amis à la résistance. La chute du ministère Martignac, victime d'une opposition qu'il ne méritait pas, fiit un malheur. Les libéraux, en regrettant trop tard de l'avoir renversé, l'ont euxr-mêmes vengé et réhabilité.
Ils furent d'ailleurs les dupes de leurs propres calculs. En se séparant des modérés, ils se trouvèrent rejetés forcément du côté de la gauche avancée, et dès lors l'espérance du succès qu'ils avaient pu entrevoir leur échappa, et d'opposition constitutionnelle ils devinrent plus ou moins opposition antigouvernementale.
Le ministère vécut quelque temps encore, mais il était blessé mortellement. Polignac se remit à pré-