LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
parer d'une manière peu secrète la formation d'un cabinet nouveau ; il fit des ouvertures à divers personnages politiques. Le Roi, qui comptait sur le succès de ces négociations, différa de compléter le ministère existant et de choisir un successeur à la Ferronnays, quoiqu'on l'en pressât. On lui proposa d'appeler Chateaubriand aux afi^res étrangères ; il répondit par un refus péremptoire. Il voulut y placer le directeur général Rayneval; on lui représenta que ce choix insuffisant serait une prolongation de l'intérim et aurait par cela seul une fâcheuse signification. Enfin, le duc de Laval, ambassadeur à Vienne, ayant refusé d'entrer dans un cabinet dont les jours étaient comptés, Charles X fit passer, le 14 mai, Portalis aux affaires étrangères, et donna le portefeuille de la justice à Bourdeau, qui en remplissait l'intérim depuis quatre mois. Portalis ne se prêta à ce replâtrage que moyennant la promesse d'obtenir prochainement la première présidence de la cour de cassation.
Chateaubriand fut très-irrité de se voir encore une fois éconduit. Il quitta l'ambassade de Rome et revint apporter sa démission. Il se vantait d'avoir obtenu de grands résultats dans le conclave qui avait donné le cardinal Castiglione (Pie VIII) pour successeur à Léon XII *, bien que pendant tout son séjour au Vatican il se fût surtout occupé, dit Guizot, « de suivre, avec un mélange d'ambition et de dédains, les oscillations de la politique et de la situation des ministres à Paris » . Blessé de voir méconnus ses prétendus ser-
1 Mort le lOfémer 1829.
vices, ii retourna à la violence habituelle de son opposition.
Martignac ne perdit pas courage, quoiqu'il eût perdu toute espérance. Réduit à la défensive, il s'efforça de garder ses positions, pour éviter un choc menaçant. D'ailleurs, ni lui ni ses collègues ne voulaient céder la place à Polignac. Le Roi, qui avait compromis et annulé ses ministres, les conserva pour obtenir le vote du budget.
Il sufBra d'indiquer rapidement les autres débats qui remplirent la session.
La question religieuse était ramenée sans cesse par des pétitions. Le 6 mars, une pétition de l'avocat Isambert contre les missions avait été renvoyée aux ministres compétents pour ce qui concernait les missions intérieures, malgré les efforts de la droite et la résistance du ministre Feutrier. La droite réclama un vote semblable et ne put l'obtenir pour une autre pétition qui demandait la suppression de la rétribution universitaire.
Les députés eurent à examiner la loi des crédits supplémentaires el extraordinaires de l'exercice 1828. Le rapporteur Le Pelletier d'Âulnay en proposa l'adop tion ; toutefois il réserva un crédit de 1 79,000 francs porté au budget supplémentaire delajustice pourfrais de constructions, réparations et fournitures à l'hôtel de la Chancellerie. La commission estimait que la dépense avait été fiaite irrégulièrement, et que le crédit ne devait être accordé qu'à charge par le ministère d'exercer contre Peyronnet telle action en indemnité qu'il appaitiendrait.