LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
Deux députés de la gauche accusèrent Peyronnet de concussion. Sirieys prit sa défense ; il soutint que si la dépense était irrégulière, elle n'en devait pas moins être régularisée, et il se récria contre Tidée de foire racheter à prix d'argent à l'ancien garde des sceaux ses actes politiques. Bourdeau, qui n'était encore que sous-secrétaire d'Etat, proposa que la Chambre se bornât à un blâme. Du pin demanda que Faction en indemnité fût portée devant les tribunaux, toute autre mesure étant selon lui impuissante contre Tabus croissant des crédits extraordinaires. L'amendement fut adopté le 6 mai, malgré l'opposition des ministres Roy et Hyde de Neuville, qui déclaraient qu'un ministre ne pouvait être traité comme une personne privée. Ce vote malheureux, sur le caractère duquel il était impossible de se méprendre, eut un grand retentissement; il n'était question partout que de la salle à manger de M, de Peyronnet.
La même loi fournit au général Lamarque, à Constant et à Bignon une occasion de critiquer les dépenses de l'expédition de Morée qu'ils blâmèrent fort mal à propos. Sébastiani n'hésita pas à la défendre et à en foire honneur au ministère. Portalis n'eut aucune peine à justifier les actes de la Ferronnays et la conduite du cabinet.
Le général Lamarque, esprit ardent et emporté, qui se proposait Foy pour modèle et n'avait guère que ses défouts, se livra à de violentes récriminations contre la guerre d'Espagne et la politique de la Restauration. Constant ayant à son tour reproché à la droite de recueillir les traditions despotiques de l'Empire ,
Montbel, puis Conny, relevèrent le gant, et récriminèrent avec aigreur contre sa propre conduite en 1815. Il en résulta une scène d'accusations et de personnalités des plus regrettables.
La Chambre des pairs, discutait des projets de loi qui n'avaient pas de caractère politique, et qui occupaient moins le public. Elle examina longtemps un projet de code militaire, dont elle vota deux titres à la presque unanimité, celui des pénalités et celui de l'organisation des tribunaux militaires. Le 20 mai, elle vota une loi qui adoucissait et réglementait la contrainte par corps '. La loi des crédits supplémentaires de 1827 lui ayant été portée, elle fut saisie de la question de l'amendement Dupin. Barante, rapporteur de la commission, le repoussa, et soutint qu'ordonner la poursuite d'un ministre devant les tribunaux était confondre les pouvoirs. Il proposa d'allouer le crédit, en réservant la responsabilité prévue par la loi de 1827. Cette solution mitigée fut très-contestée. Peyronnet allégua qu'il n'avait fait qu'user de la faculté d'ordonner des virements, et Corbière repoussa une attaque malveillante qui atteignait tout l'ancien ministère. Peyronnet affirma qu'il avait demandé à être entendu par la commission des députés, et qu'il n'avait point reçu de réponse. Lally proposa le rejet pur et simple de l'amendement. Il parla avec une extrême vivacité, déclara qu'une telle discussion compromettait la dignité du pays, et qu'il était inconvenant de vouloir
^ Ces lois n'aboutirent pas, parce qu*elle8 ne purent être présentées aux députés en temps utile.