‹ Histoire de la RestaurationChapitre 206 sur 256 · LIVRE XVII. — MIJÎISTÉRE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — MIJÎISTÉRE MARTIGNAC

de dépenses temporaires. Si les budgets étaient lourds, c'est qu'ils avaient été grevés par l'énorme dépense de la guerre d'Espagne et de l'indemnité des émigrés. II fallait à l'avenir éviter de pareilles fautes. Il fallait aussi que le gouvernement, que le ministère inspirassent la confiance et dotassent enfin le pays des institutions promises.

Martignac présenta une fois de plus sa justification et celle du cabinet. Il tint à donner des explications franches et complètes, pour que la Chambre pût voter en pleine connaissance de cause. On accusait les ministres de n'avoir ni prévoyance, ni volonté, ni système, et de ne pas comprendre les besoins de leur temps. Les ministres n'avaient voulu être d'aucun parti. Ils avaient parlé aux uns du Roi et aux autres de la Charte. II n'y avait là ni indécision, ni imprévoyance, ni Éaiblesse. Rappelant tous les actes du cabinet et les différentes lois qu'il avait présentées, il en exposa le caractère, dit jusqu'où il avait voulu aller et pourquoi il n'était pas allé au delà. Il montra les résultats satisfaisants de la politique étrangère. Il se plaignit que la presse eût tout dénaturé, tout envenimé; que la tribune elle-même élevât les obstacles sur les pas du gouvernement. Il annonça que le cabinet continuerait de marcher dans la même voie, avec la même prudence et la même fermeté. Il exprima indirectement ses regrets de n'avoir pas trouvé dans la Chambre une majorité qui le suivit. Quant à la responsabilité ministérielle, si la loi attendue depuis quinze ans n'avait pas été faite, c'est qu'on avait reconnu l'impossibilité de déterminer les cas de trahison. Ce discouis, à la

fois apologie et testament politique, dura deux heures; il fut très-écouté et admiré.

Le ministre des finances Roy répondit ensuite aux critiques adressées au budget , expliqua que son accroissement successif tenait à ce qu'on y feisait figurer les centimes des départements et des communes, à ce qu'on avait augmenté Tarmée, élevé les crédits de certains services, opéré des dégrèvements. Il prouva que l'avenir était assuré par Textinction successive de la dette, et se prononça pour une réduction ultérieure des rentes.

Humann résuma la discussion en prouvant à son tour que la commission n'avait pas dû fieiire de modifications plus étendues.

Néanmoins l'hostilité de la gauche était déclarée. L'un de ses membres les plus modérés, Temaux, avait exprimé à la tribune les raisons politiques pour lesquelles il était résolu à ne pas voter le budget.

L'examen particulier des dépenses de chaque ministère prolongea cette lutte. La Chambre adopta la plupart des réductions demandées par la commission. Elle réduisit de moitié les 4 millions de rentes qu'elle avait votés pour les affaires étrangères, et qui n'avaient pas été employés.

Les attaques les plus fortes et les plus passionnées portèrent sur la responsabilité des ministres, que Cormenin, dans un discours très-étudié, soutint être illusoire ;sur les traitements du clergé, sur les dépenses faites pour payerdesjournaux, sur les indemnités littéraires, les fonds secrets, la police secrète, la garde royale, l'état-major des princes. Dupin, Constant, Lamarque

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