LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC
se donnèrent une facile carrière. Au cours de la dis^ cussion,iI fut soutenu que les communes n'avaient pas d^organes légaux. Màrtignac se récria, et dit : « Nous marchons à Tanarchie, si les pouvoirs légaux sont mis en question. » Quelques députés de la droite essayèrent de s'opposer aux amendements qui violaient les droits du Roi. Enfin, après plusieurs jours de débats confus, fetigants et empreints d'une grande aigreur, le budget fut voté le 8 juillet, par 226 voix ; mais il y eut 95 boules noires, chiffre qui dépassa beaucoup Fattente générale.
La Chambre examina ensuite la loi des crédits éventuels destinés à pourvoir aux dépenses extraordinaires <le 1829. Ces crédits, qui montaient à 52 millions, avaient pour objets principaux le blocus des ports de TAlgérie, l'accroissement de l'effectif de l'armée, l'expédition de l'amiral Boussin au Brésil pour protéger nos nationaux dans les guerres que se faisaient les États de l'Amérique du Sud, enfin l'occupation de la Morée. Ils étaient couverts en partie par des sommes <lisponibles. La commission les réduisit à 42 millions, d'accord avec le gouvernement. Lafayette tinta exposer une fois de plus ses idées sur le rôle que la France devait jouer à l'étranger, celui de protectrice de la liberté des peuples. Sébastiani attaqua les clauses du traité en cours de négociation pour la Grèce. Il soutint qu'on faisait à la Grèce des conditions inacceptables, et qu'on allait créer un État sans consistance, sans dignité et sans avenir. Ses critiques ne manquaient pas de vérité, mais Portalis lui répondit avec sa hauteur ordinaire, se plaignant d'une opposition qui par-
kit HISTOIRE DE LÀ RESTAURATION.
lait de ce qu^elIe savait et de ce qu^elIe ne savait pas, tandis qu^un ministre ne pouvait dire tout ce qu il savait au sujet de négociations encore pendantes. Le blocus d'Alger fut ensuite Tobjet de questions et de critiques nombreuses et plus ou moins fondées. Mais Constant et le général Lamarque donnèrent aux débats un tour irritant. Constant, plus mal inspiré que jamais, ne se borna pas à refuser son vote, parce que, disaitil, c'était un vote de confiance. Il qualifia le blocus d'Alger d'ac/e humiliant, et il souleva la plus violente tempête en demandant que l'ambassadeur des Deux* Siciles fût renvoyé pour avoir réclamé un réfogié contre lequel un procès criminel était entamé à Naples. Le général Lamarque, passant en revue avec une extrême légèreté les questions étrangères et les questions militaires, se laissa entraîner à des provocations injurieuses pour le gouvernement, et demanda des explications sur les craintes répandues d'un coup d'État. Ainsi, malgré une lassitude évidente de la Chambre, les enfants perdus de la gauche ne gardaient plus aucune mesure. Quant aux crédits, ils furent votés dans les conditions que proposait la commission.
Le budget des recettes fut voté à son tour, avec une simple réserve demandée antérieurement par Casimir Périer pour le règlement de la créance espagnole. Le ministère contestait le droit de la Chambre sur ce point, parce qu'il ne lui demandait aucun crédit nouveau; mais la Chambre repoussa ce système et adopta la réserve proposée, le 14 juillet. On remarqua que l'attitude de Casimir Périer s'était modifiée. Esprit plus querelleur qu'hostile, et même despotique dans le