‹ Histoire de la RestaurationChapitre 212 sur 256 · LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC. *i · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC. *i

rable aux intérêts anglais. Wellington exprimait trèshaut cette espérance. Il avoua un peu plus tard quMl s'était trompé. Mais Charles X vit dans cet appui étranger une excuse ou une justification de son choix.

Le public en jugea autrement; il accueillit très-mal le nouveau cabinet. Polignac, qui tenait de sa naissance, dit Nouvion, un des noms les plus impopulaires de France, avait tout (ait pour augmenter cette impopularité. On exploitait contre lui son refus prolongé de prêter serment à la Charte en 1815, quoique ce refiis n'eût eu qu'un motif religieux. On se méfiait de lui parce qu'il avait appartenu aux conseils secrets du pavillon Marsan; qu'il était imbu d'idées aristocratiques, mal définies d'ailleurs ; qu'il était un de ceux qui avaient exigé la loi sur le droit d'aînesse ; qu'il avait un tour d'esprit mystique, et qu'il voyait les choses moins comme elles étaient que comme il voulait les voir. 11 avait même quelque chose de mystérieux qui lui fieiisait supposer des projets cachés; il devait un jour, dans l'opinion générale, être l'instrument du Roi et du parti prêtre. Ses collègues n'étaient pas mieux vus. Labourdonnaye était l'homme des mesures de rigueur, l'homme de la réaction de 1815. Bourmont avait compromis sa réputation militaire en donnant sa démission pendant la campagne de Waterloo. Ainsi les trois noms principaux du cabinet avaient une signi-* fication également fâcheuse. C'étaient d'ailleurs trois individualités isolées qui se rapprochaient pour la première fois. Réunies, pourraient-elles s'entendre et rallier des adhérents au milieu de la division des partis?

L'nmiral de Rigny, neveu du baron Louis, était

connu pour ses idées libérales. Nommé ministre sans avoir été consulté, il arriva le 15 à Paris, et refusa d'entrer dans le cabinet, à cause de la présence de Bourmont. Son refus et le motif qu'il en donna bles* sèrent le Roi. Il fut remplacé par le baron d' Haussez, préfet de Bordeaux, bon administrateur, d'un esprit assez modéré, mais mal vu des libéraux. D^Haussez reçut avis de sa nomination par le télégraphe. Quant à Gourvoisier, qui était procureur général à Lyon, il se rendit à Paris, indécis du parti qu'il prendrait; il n'accepta un portefeuille que sur les instances pressantes du Roi, et sur l'assurance qu'on ne songeait pas à un coup d'État, auquel il eût refusé de se prêter.

Les journaux libéraux attaquèrent le cabinet, dès le lendemain de sa formation, avec la violence à laquelle on devait s'attendre. Le Globe, l'un des plus réservés^ parla de la cour comme a d'un lieu où dominaient le caprice, la prévention, l'entêtement et l'étourderie » . Les royalistes furent plus surpris que satisfaits. Pendant que les ingouvernables, comme Lamennais, déclaraient que le cabinet ne leur inspirait ni confiance, ni crainte, ni espérance, les modérés virent dans sa formation l'effet des rancunes de la cour, et s'eHrayèrent de songer que désormais toute politique de modération devenait impossible. Cette modération avait été jusque-là le caractère du règne. Le Journal des Débats, désespérant de l'alliance du royalisme avec les idées libérales, se demanda ce que les nouveaux ministres allaient faire. Iraient-ils déchirer la Charte? chercher un appui dans la force des baïonnettes? Les

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