‹ Histoire de la RestaurationChapitre 213 sur 256 · LIVRE XVIII. — MINISTÈRE P0LI6NAC. Wl · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — MINISTÈRE P0LI6NAC. Wl

Débats terminaient leur article, devenu prophétique, par ces mots célèbres : Malheureuse France ! malheureux Roi ! Dans des articles subséquents, ils se déclaraient rassurés sur la liberté, mais ils tremblaient pour le roi trompé; car le ministère représentait la coalition de tous les souvenirs néfiEistes : Coblentz, Waterloo, 1815.

Cependant la plupart des journaux royalistes, s'accordant sur ce thème que le nouveau cabinet était l'expression de la pensée du Roi, s'ingénièrent à lui tracer un plan de conduite. Les uns lui demandèrent des actes énergiques, immédiats, un coup d'État. Les autres voulaient qu'il s'affirmât de manière à rassurer le pays. La Gazette de France imagina une formule vague et banale : Plus de concessions, pas de réaction. Et le ministère passa pour l'avoir acceptée. Les journaux de la droite répétaient encore que le temps des intermédiaires était passé ; qu'il ne devait plus y avoir en France que deux camps et deux drapeaux.

Les ministres n'étaient pas les moins embarrassés. Us ne se connaissaient pas et n'avaient aucun plan commun. Us demeurèrent, dit Thureau-Dangin, a immobiles et muets après le formidable éclat de leur entrée en scène , permettant à leurs confidents de rêver tout haut de coup d'État, mais ne le préparant pas. Il semblait qu'ils fussent satisfaits d'avoir ainsi prévenu par leur provocation ceux qu'ils devaient surprendre, et en même temps rassuré par leur inaction ceux qu'ils devaient intimider ^ » Le ministère

' Thurbau-Dangix, le Partilibêraly chapiti-e vu.

Polignac, dit Guizot, avait peur de lui-même et de Fopinion qu'on avait de lui.

Montbel, esprit clairvoyant bien qu'indécis, écrivait à Yillèle, le 12 août : « On ne peut avoir de confiance en nous parce que nous n'en avons pas en nousmêmes. Point de précédents, point d'habitude des afEaires, point de cette puissance sur l'opinion, qui prévient en faveur des ministres qu'on peut être forcé de prendre. » Il sollicita Yillèle d'entrer dans un cabinet où sa place était marquée, où il serait soutenu par le succès de ses grandes opérations financières, par la Bsiveur des capitalistes et des hommes d'afiaires. Yillèle s'y refusa en termes très-nets; il comprenait qu'il n'y serait pas le maitre, y ayant pour collègues des ennemis ou des hommes obscurs, avec lesquels il ne pourrait reconquérir une majorité. D'ailleurs, Montbel avait-il autorité pour lui foire de telles offires? Polignac, il est vrai, lui en fit aussi, mais de pure forme et sans sincérité. 11 disait qu'il avait pour mission de dénouer une situation difficile, et que, le terrain une fois déblayé, Yillèle pourrait revenir avec un avenir assuré.

Ce n'est pas que Polignac n'eût un certain plan de gouvernement, et la conception de ce plan est une nouvelle preuve de sa présomption. Fort de la confiance absolue du Roi, de l'appui qu'il trouvait à la cour, chez les princes, dans la congrégation et le clergé, il espérait rallier les différents groupes de droite, et exercer, par le moyen de Chabrol et de Courvoisier, une certaine influence sur le centre droit et le centre gauche. Il avait rapporté d'Angleterre

Page 1