‹ Histoire de la RestaurationChapitre 215 sur 256 · LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC. 4t · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC. 4t

Polignac s'étonnait de Teffroi qu'il causait , ayant d'avoir rien fedt pour le mériter. On interprétait tout contre lui, jusqu'à son inaction; on supposait qu'il préparait en silence quelque grand coup. Pour démentir les assertions aventureuses d'amis trop zélés, il fit insérer au Moniteur, le 30 septembre, une note que d'Haussez avait rédigée. La note déclarait que le Roi était la Charte vivante et la première des libertés ; qu'il avait le droit de choisir ses ministres, et que si l'impôt était refusé, il aviserait. Une telle note, loin de couper court aux interprétations malveillantes, ne pouvait que les autoriser. D'Haussez présentait en même temps au conseil un exposé des mesures auxquelles il fendrait recourir dans le cas prévu du refus d'impôt; il les trouvait dans l'application de l'article 14 de la Charte.

Cependant la majorité des ministres se plaignait qu'on marchât au hasard sans direction. Le 8 novembre, Courvoisier, qui ne pouvait s'entendre avec Labourdonuaye, représenta que la nomination d'un président du conseil était indispensable. Labourdonuaye déclara n'être entré au cabinet qu'à la condition qu'il n'y en aurait pas, et ajouta qu'il était prêt à se retirer. En réalité, il n'avait voulu d'autre président du conseil que lui-même, et il n'acceptait pas d'être subordonné à Polignac, auquel il se croyait très-supérieur. On prétend qu'il dit : « Quand je joue ma tête^ j'aime à tenir les cartes. » Sa démission fut acceptée. Le Roi le nomma ministre d'État et pair de France.

Polignac reçut la présidence du conseil. Courvoisier et Montbel, jugeant de mieux en mieux les embarras

de la situation, demandèrent que Yillèle fat appelé à Tintérieur. Mais le Roi, qui le réservait pour un autre temps, donna Tintérieur à Montl>el, et rinstruction publique à Guernon-Ranville, successivement procu* reur général à Grenoble et à Lyon, et connu depuis longtemps par TaflEectation de ses sentiments roya* listes. Il eût été difficile de prendre un ministre dans la Chambre.

La retraite de Labourdonnaye fortifia la partie modérée du cabinet, assez opposée à des mesures violentes, dont l'éventualité était au moins lointaine. Guernon-Ranville, le nouveau ministre, mêlait à ses ardeurs royalistes un culte pour la Charte non moins ardent, et il l'exprimait avec une égale ostentation. Mais le public ne vit dans ce remaniement du cabinet qu'une preuve éclatante de son incertitude et de sa faiblesse. C'était simplement la substitution d'un nom inconnu à un nom connu. On crut même que le vrai motif de la retraite de Labourdonnaye était l'antipathie qu'il inspirait au clergé ; les libéraux dirent que si le ministère était un peu moins prévôtal, il serait un peu plus jésuite.

Le Roi et le cabinet prirent la résolution d'aborder les Chambres et de leur demander le vote du budget. L'idée d'une dissolution fut repoussée, sur les conclusions formelles d'un mémoire rédigé par Guernon- Ranville. Une note insérée au Moniteur, le 3 décembre, annonça que les ministres, connaissant Tinébranlable volonté du Roi de consolider les institutions accordées par son illustre frère , affermiraient les libertés consacrées par la Charte, gage de paix et mo-

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