LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC
un exemple à suivre. L'opposition se mit à prôner Texemple de 1688, c'est-à-dire d'une révolution conservatrice, qui avait changé les hommes plus que les choses. Le Globe déclara que la crise était décisive pour la maison de Bourbon, et qu'il fallait faire envisager les chances du renversement du trône à ceux qui pouvaient les empêcher. Il fut saisi pour deux articles où il développait cette proposition ' .
Le journal d'Armand Carrel, le National, dont le premier numéro parut le 3 janvier 1830, entra dans la même voie et remplaça le Constitutionnel comme organe du parti avancé. Thiers, déjà connu par son Histoire de la Révolution, arrêta le plan de campagne. Laissant à la presse de droite l'incertitude et la violence de ses résolutions, profitant en outre habilement des arguments qu'elle lui fournissait, il annonça qu'il fallait procéder par les voies constitutionnelles, s'enfermer dans la Charte et y enfermer ses adversaires ; qu'ils en sortiraient et feraient des folies ; qu'on serait alors fort et hardi dans la défense de la Constitution. En se rattachant aux traditions de la Révolution et au principe de la souveraineté du peuple, on devait répudier les folles équipées et la lutte contre la loi. D'un autre côté, et c'est là que le système devenait dangereux, Thiers interprétait la Charte contre le Roi, et attribuait l'omnipotence aux Chambres, armées du droit de refuser l'impôt sans aucune restriction. En faisant le tableau de la monarchie représentative, telle qu'il l'entendait, il disait : a Si c'est là la vraie royauté,
1 Numéros du 19 et du 20 février.
c'est aussi la vraie république sans ses orages. ■ Enfin on lui attribua d'avoir inventé , en l'appliquant à Charles X, la maxime fomeuse : « Le Roi règne et ne gouverne pas. »
IV. Les Russes, qui avaient éprouvé des revers continus dans la campagne de 1828, furent plus heureux dans celle de 1829. Diébitsch firanchit les Balkans et s'avança jusqu'à Ândrinople. Le 7 août, la Porte céda. Elle accepta la médiation des puissances, sollicita même leurs bons offices pour arrêter un ennemi victorieux, et consentit à traiter avec la Grèce.
La paix fut signée le 14 septembre à Andrinople, où Diébitsch venait d'entrer. L'Autriche eut à la médiation la part principale. Les principautés de Valachie, de Moldavie et de Servie obtinrent, moyennant le payement d'un tribut, des gouvernements à part, les deux premières des hospodars à vie, et la troisième un prince héréditaire. La Russie acquit des territoires en Asie, les bouches du Danube, et stipula le passage libre du Bosphore et des Dardanelles pour ses vaisseaux.
Tout le temps que le traité se prépara, la France fiit sollicitée par l'Angleterre et l'Autriche de s'unir à elles plus étroitement dans le but de défendre l'équilibre européen et d'arrêter les convoitises du cabinet de Saint-Pétersbourg. La Russie nous pressait naturellement dans un autre sens. Nous avions eu autrefois besoin d'elle; maintenant les rôles étaient renvei'sés; c'était elle qui nous faisait des avances pour nous empêcher de marcher de concert avec TAutriche et