‹ Histoire de la RestaurationChapitre 218 sur 256 · LIVRE XVIII. — MINISTERE POLIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — MINISTERE POLIGNAC

rAngleteire. Notre situation était excellente; de part et d'autre nous étions en mesure de faire des conditions.

L'alliance de la Russie, prônée par la Ferronnays et Chateaubriand, présentait d'incontestables avantages. Aussi Charles X n'hésita-t-il pas à la préférer. Il y trouvait ou il espérait y trouver pour relever les intérêts de la France un utile concours contre les jalousies de l'Angleterre et de FAutriche. Ce pouvait être une occasion unique de remanier en notre faveur les traités de 181 5.

La guerre d'Orient, en créant l'éventualité d'un partage de l'Empire ottoman, avait ouvert un champ très-vaste aux calculs et à l'imagination des diplomates. Parmi les projets alors formés, l'un des plus curieux était l'œuvre de Chateaubriand; il fut lu au conseil des ministres, au mois de septembre. Le but était d'éloigner la Prusse de notre frontière de Champagne et de Lorraine, en reprenant la proposition faite au congrès de Vienne de lui donner le royaume de Saxe, et de former dans les provinces rhénanes un royaume qui servirait au roi de Saxe d'indemnité. On eût ensuite défait le royaume des Pays-Bas qui avait été créé contre nous, et dont les deux moitiés, absolument antipathiques Tune à l'autre, se combattaient avec acharnement. La Belgique nous eût été donnée ou rendue, ce qui eût étendu, rectifié et assuré notre frontière du Nord. La Hollande eût été donnée à la Prusse, qui, devenant dès lors puissance maritime, eût tenu TAngleterre en échec. La maison d'Orange eût reçu en échange des Pays-Bas le trône de Con- II. 88

stantinople. On se fût assuré de T Autriche en lui abandonnant des territoires pris à la Turquie, et de la Bavière par quelques remaniements. L'Angleterre, isolée de toute alliance en Europe, eût été dans Tobligation de céder.

Jamais roman diplomatique ne présenta de caractères plus séduisants et plus brillants. Mais qu'ont les romans à faire avec l'histoire? Si la Restauration a justement songé à nous rendre au nord une frontière meilleure, et s'est liée plus étroitement à la Russie dans l'espérance de la gagner à ses vues, il n'est pas moins vrai que ces plans étaient chimériques, et que les écrivains ou les historiens légitimistes qui les ont prônés ont pris trop facilement leurs vœux pour des réalités.

Le traité qui constitua l'indépendance de la Grèce ne fut signé que le 3 février 1 830. On accusa la diplomatie européenne de trop restreindre le nouvel État et de le réduire à l'impuissance en lui donnant pour limites au nord les golfes d'Arta et de Volo. Mais les souverains qui venaient d'arrêter la Russie auraient été obligés d'employer la force pour obtenir du sultan de plus grandes concessions, et ils n'y avaient aucun intérêt. La Grèce* demeura sous le gouvernement intérimaire de Gapo d'Istria, en quête d'un prince européen qui consentît à régner sur elle. Le prince de Saxe-Cobourg, auquel la couronne fut offerte, déclara, le II février, qu'il ne l'accepterait que si les puissances lui garantissaient de l'argent et des troupes, et il finit par exprimer le 21 mai un refus formel. Comme il était veuf d'une fille de George IV, on s'imagina en France que ce choix était une concession faite

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