LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÈLE
étendue dans le 45' régiment de ligne, envoyé de Paris à la Rochelle à Tépoque de Tavortement du complot de Saumur. Le sergent Bories, instrument actif de cette propagande, fut arrêté et conduit dans la prison militaire de Nantes. D'autres sergents entretenaient des relations avec Berton, qui s'était caché à peu de distance de la Rochelle. L'un d'eux, le sergent Goupillon, dénonça ses complices, et«mit le gouvernement sur la voie de découvrir leurs rapports avec une des ventes de Paris. Le ministère fit arrêter les membres de la vente centrale , et la cour royale de Paris évoqua l'afiaire le 20 juin, à ia suite d'un réquisitoire de Bellart.
La haute vente, qui n'était pas atteinte, poursuivit son œuvre d'embauchage dans plusieurs régiments. Elle s'adressa même au régiment des carabiniers de Monsieur, envoyé à Saumur après qu'on eut prononcé la dissolution de l'école.. Mais l'attention des chefs de corps était éveillée, et ils prirent des mesures. Us tendirent même des pièges aux conspirateurs. Un maréchal des logis, nommé Wœlfeld, des carabiniers de Monsieur, se fit recevoir carbonaro; il noua des relations avec Berton, l'attira dans un guet-apens près de Saumur, puis se jeta sur lui et le livra à la justice. Des chasseurs à cheval appartenant à deux régiments d'Alsace feignirent de se laisser embaucher par le lieutenant-colonel Garon. Il se mit à leur tête, et proclama Napoléon II ; finalement ce furent eux qui l'arrêtèrent, le 2 juillet.
On s'empara ainsi des deux conspirateurs militaires les plus dangereux. On le fit, il est vrai, par de mau-
vais moyens, en transformant des soldats en agents de la police, et en récompensant ce genre de services par des grades et de l'argent .
X. La Chambre avait à examiner le budget de 1823. On y joignit le règlement des comptes de Texercice 1821 (juillet).
Le débat porta principalement sur la fixation du chiffre de l'excédant de l'arriéré . Ce chiffre dépassait les prévisions. Le ministère demanda un crédit de 61 millions, qui fut contesté. Yillèle tint tète aux opposants ; il rappela que si les budgets d'un gouvernement pacifique ne réalisaient pas d'aussi grandes économies qu'on était fondé à le désirer, c'est qu'on supportait le poids des charges imposées par les malheurs précédents.
L'opposition se livra, suivant l'usage, à la revue des actes du ministère. Le budget, disait Bignon, était l'occasion des explications mutuelles. Elle revint sur ses thèmes habituels. Elle parla contre la police, contre les illégalités, contre la corruption. Gilbert des Voisins, Bignon et d'autres membres de la gauche attaquèrent avec autant de mauvaise foi que de violence la servi-
téde la magistrature et la conspiration du ministère public. Bignon prétendit répondre aux réquisitoires du parquetcontre les carbonari, et Constant demanda, à titre de blâme de la justice, une diminution sur le traitement des procureurs généraux. Villèle observa que le ministère auquel on adressait ces reproches était précisément le seul qui se fût passé de lois d'exception.
Foy se récria contre le guet-apens tendu en Alsace