LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÈLE
à d'anciens militaires, voulut en faire remonter la responsabilité au ministre de la guerre, et contesta la légalité de la juridiction des conseils de guerre pour le crime d'embauchage. La Fayette prononça contre la procédure criminelle un discours très- médité, pour en tirer cette conclusion, dont il prenait acte, que la contre -révolution ne ménageait et ne dissimulait plus rien.
Le ministre des aflBadres étrangères eut de son côté à repousser plus d'un assaut. On avait un peu augmenté les dépenses de l'armée, en vue des troubles de l'Espagne et de ceux d'Orient. Des pronunciamentos militaires tentés pour rendre à Ferdinand YII son pouvoir absolu servaient, malgré leur insuccès, à entretenir chez les groupes royalistes l'idée d'une intervention dans la Péninsule ; deux ministres, Mont^ morency et Bellune , en opposition sur ce point avec leurs collègues, étaient favorables à cette idée. Foy accusa le ministère, avec sa violence ordinaire, de soutenir sous main en Espagne le parti absolutiste, réclama rétablissement de relations directes avec l'Amérique espagnole insurgée, relations éminemment nécessaires pour le^ intérêts français, et fit en faveur des Grecs un plaidoyer impérieux pour le gouvernement. Montmorency, qui avait réellement autorisé le passage de caisses de munitions au delà des Pyrénées, se défendit faiblement et se borna presque à constater qu'on ne pouvait traiter avec l'Amérique espagnole, avant que le cabinet de Madrid eût reconnu l'indépendance de ses colonies insurgées. Ce fut Laine qui, cette fois encore, vengea éloquemment la politique
étrangère des attaques injustes de la gauche. Il fit une grande sensation en déclarant que TEspagne devrait prochainement reconnaître Tindépendance de ses colonies, et que cette nécessité était conforme à son intérêt. Il dit que la sympathie exprimée partout en faveur des Grecs était partagée par le gouvernement, qu'on avait envoyé dans les mers du Levant des amiraux, médiateurs pacifiques, pour y accomplir la noble mission de protéger les opprimés ; qu'il regrettait de n'avoir pas une voix capable d'égaler les lamentations aux calamités, mais que les plaintes de l'humanité ne devaient pas se changer en cris de guerre.
La discussion approchait de la fin, lorsqu'un incident inattendu éclata. Le Moniteur du 1*' août inséra l'acte d'accusation rédigé par le procureur général de la cour de Poitiers, Mangin, contre Berton et cinquante-cinq autres accusés déférés devant la cour d'assises de la Vienne. Le procureur général exposait que Berton avait annoncé un gouvernement provisoire, composé de Kératry, Foy, d'Argenson, la Fayette et Benjamin Constant, et qu'un accusé alors contumace, le chirurgien militaire Grandmesnil, avait été en relation avec plusieurs députés. Benjamin Constant monta aussitôt à la tribune et accusa les ministres de forger des conspirations. Lafiîtte dit qu'une enquête était nécessaire et attaqua fortement la conduite du procureur général. Peyronnet défendit son subordonné. Foy réclama l'enquête avec une violence qui lui attira un rappel à l'ordre. Labourdonnaye appuya la demande d'enquête. Tripier soutint que le procureur général aurait dû garder le silence s'il n'avait pas de