LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC
les résultats furent partages. On remarqua celle du royaliste Berryer dans la Haute-Loire, et celle de Guizot à Lisieux. Guizot avait ëtë porte et recommandé par toutes les nuances du parti libéral. Il entrait alors dans les Chambres par la puissance de son talent et de sa renommée.
Quand les ministres discutèrent avec Charles X le discours d'ouverture, ils convinrent que le Roi exposerait nettement en quelques mots le péril de la situation. Ils jugèrent d'autant plus nécessaire de se montrer prévoyants et résolus que le$ députés libéraux arrivant à Paris cachaient peu leurs dispositions belliqueuses, et évitaient de se présenterdans les salons ministériels. Peut-être eût-il été plus sage de rester sur la défensive et d'attendre. C'était l'avis de Courvoisier et de Chabrol ; cependant ils n'insistèrent pas.
Les Chambres s'ouvrirent le 2 mars. L'afifluence était nombreuse , tant dans les tribunes que sur les sièges des pairs et des députés.
Charles X pouvait envisager la situation extérieure avec assurance. Il montra la guerre éteinte en Orient, grâce à l'intervention amicale des puissances, et l'indépendance de la Grèce consacrée. Il déclara que l'insulte faite au pavillon français par le dey d'Alger ne demeurerait pas impunie.
A l'intérieur, les finances étaient prospères, les revenus publics en progression. Il annonça une loi relative à l'amortissement.
Puis il déclara que la France devait jouir en paix des institutions dont il avait la ferme volonté de consolider les bienfaits, et il ajouta :
(t Gomme roi, la Charte a place les libertés publiques sous la sauvegarde de ma couronne. Ces droits sont sacrés ; mon devoir envers mon peuple est de les transmettre intacts à mes successeurs.
« Pairs de France, députes des départements, je ne doute pas de votre concours pour opérer le bien que je veux faire. Vous repousserez avec mépris les perfides insinuations que la malveillance cherche à propager. Si de coupables manœuvres suscitaient à mon gouvernement des obstacles que je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les surmonter dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des Français et dans Tamour qu'ils ont toujours montré pour leur roi. »
L'effet de ce discours fut d'autant plus grand que le public avait été laissé dans une ignorance absolue de ce qu'il serait.
Les journaux remplirent leur rôle en se livrant à des effusions lyriques ou à des critiques à outrance. Mais tout l'intérêt était dans la réponse des Chambres.
VI. La Chambre des pairs répondit la première. Son adresse fut rédigée par Siméon en termes réservés et respectueux qui ne l'engageaient pas, et l'on convint qu'elle ne serait l'objet d'aucun débat. Siméon disait, en se servant d'expressions que les événements devaient peu justifier : « La France ne veut pas plus de l'anarchie que son roi du despotisme. » Il ajoutait que le Roi aurait pour appui contre les manœuvres coupables, « les pairs, ces défenseurs héréditaires du