‹ Histoire de la RestaurationChapitre 221 sur 256 · LIVRE XVIII. — * MINISTERE POLIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — * MINISTERE POLIGNAC

trône et de la Charte, le concours simultané des deux Chambres, et celui de Timmense majoritë des Français ».

S'il n'y eut point de débat, il n'y en eut pas moins deux discours, également curieux, Tun de Chateaubriand et l'autre de l'amiral Verhuell.

Chateaubriand déclara qu'il s'abstiendrait de voter, parce que l'adresse ne repoussait pas assez la politique des coups d'État inaugurée par le cabinet du 8 août et exprimée dans le discours de la couronne. Il était i*assure, quant à lui, par la fiaiblesse même du ministère; la liberté de la presse assurait d'ailleurs la satisfaction du pays et la stabilité du gouvernement. Jamais le grand écrivain ne fut politiquement aussi mal inspiré.

L'amiral Verhuell ne le fut pas mieux, quand il s'efforça de démontrer qu'un débarquement sur la côte d'Alger n'était pas possible.

L'adresse fut votée le 9 à l'unanimité, moins la voix de Chateaubriand.

La Chambre des députés commença par nommer son bureau. Royer-Collard et Casimir Périer furent les deux premiers candidats élus pour la présidence. Après différents scrutins, Delalot, Agier et Sébastiani vinrent compléter la liste. Le 8 mars, Charles X nomma Royer-Collard président.

La commission de l'adresse fut ensuite choisie par les députés ; elle fut tout entière formée d'opposants. Royer-ColIàrd, qui était à la fois résolu et attristé, fit porter le choix du rapporteur sur Gautier, un des membres de la défection, mais dont les sentiments royalistes étaient connus. L'ancien chef des doctrinaires

voulait à tout prix qu^on retirât la royauté de la voie qui conduisait à Tabime, et malgprë Tobstination bien connue de Charles X, plus d'un député pensait encore que si la Chambre était très-ferme, elle Tobligerait à céder.

L'adresse, fort bien rédigée, fut lue à la séance publique du 15 mars. Les premiers articles étaient uoe simple paraphrase du discours de la couronne, avec une seule réserve sur la question d'Alger, question alors nouvelle et sur laquelle on avait besoin d'éclaircissement. Puis après des protestations de dévouement et l'affirmation que les siècles avaient placé la couronne dans une région inaccessible aux orages, l'adresse déclarait qu'une vive inquiétude se manifestait dans le pays, et elle ajoutait : « La Charte fait du concours permanent des vues politiques de votre gouvernement avec les vœux de votre peuple la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement nous condamnent à vous dire que ce concours n'existe pas.

(t Une défiance injuste des sentiments et de la raison de la France est aujourd'hui la pensée fondamentale de l'administration; votre peuple s'en afflige parce qu'elle est injurieuse pour lui ; il s'en inquiète parce qu'elle est menaçante pour ses libertés.

« Cette défiance ne saurait approcher de votre noble cœur. Non, Sire, la France ne veut pas plus deTanarchie que vous ne voulez du despotisme; elle est digne que vous ayez foi dans sa loyauté comme elle a foi dans vos promesses.

a Entre ceux qui méconnaissent une nation si calme,

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