LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC
si fidèle, et nous qui, avec une conyiction profonde, venons déposer dans votre sein les douleurs de tout un peuple jaloux de Testime et de la confiance de son roi , que la haute sagesse de Votre Majesté prononce ! Ses royales prérogatives ont placé dans ses mains les moyens d'assurer entre les pouvoirs de F État cette harmonie constitutionnelle, première et nécessaire condition de la force du trône et de la grandeur de la France. »
Cette adresse, pleine de respect dans les formes, n'en affirmait pas moins les droits de la Chambre jusqu'à la menace d'une révolution. Elle était un véritable cartel.
Lépine dit au nom de la droite qu'on marchait à un conflit; qu'elle était résolue à le prévenir; qu'elle voulait unanimement Texécution de la Charte et des libertés publiques, et que porter atteinte au droit du Roi de choisir ses ministres était porter atteinte à la Charte. Agier, du parti de la défection, défendit l'adresse en déclarant qu'il fallait mettre un terme aux inquiétudes causées par les élections subites de favoris sans mérite, et par les calomnies des écrivains d'extrême droite; qu'il ne fallait pas laisser de faux amis de la monarchie détruire le régime parlementaire auquel la France était attachée. Conny vint ensuite dénoncer la fection antimonarchique et son entreprise de substituer la souveraineté du peuple à celle du Roi. Constant soutint que le Roi devait choisir entre le parti de changer ses ministres et celui de faire appel au pays par une dissolution.
Courvoisier, le seul orateur du ministère, était malade. Polignac resta muet, à la surprise générale. Mont-
Vé2 HISTOIRE DE LA IIESTAUIIATION.
bel et Guernon-Ranville parlèrent seuls au nom du cabinet, avec hésitation. Montbel prétendit, ce qui n'était pas bien sûr, que les termes du discours royal ne s'appliquaient pas à la Chambre, mais seulement aux manœuvres d'associations coupables, et que l'article 14> ne permettait pas au Roi de renoncer au libre choix de ses ministres. Guernon s'étonna que la Chambre se prononçât contre les ministres, avant de pouvoir les juger sur des actes. Il fut écouté plus favorablement quand il les montra se présentant aux Chambres la Charte à la main et prenant l'engagement de l'exécuter.
Dupin, dans un discours habile comme il savait le$ faire, défendit l'adresse qui maintenait et respectait la prérogative royale, et qui parlait de la loi, lorsque les ministres n'annonçaient pour vaincre les obstacles que l'emploi de la force. Il finit en déclarant que sa défiance était invincible pour des ministres réprouvés par l'opinion publique, et qu'il les repousserait même s'il les voyait venir à lui les mains pleines de bonnes lois. La séance se termina par un discours de Chantelauze, de la droite, attaquant l'adresse comme injurieuse et inconstitutionnelle .
La séance du 16 fut plus intéressante. Après un débat sur I entreprise d'Alger que Delaborde attaqua par de très-mauvaises raisons et que le ministre de la marine d' Haussez défendit sans peine en énumérant tous les griefs que la France avait contre le dey, un député, Lorgeril, proposa un amendement qui, sans changer le caractère de l'adresse, en modifiait et en modérait les termes. Les deux nouveaux députés,