LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC
Guizot et Berryer, prirent alors la parole, et leur talent fit sur la Chambre une impression profonde. Guizot, dans un langage hautain, accusa le ministère de n^avoir ni autorité sur les esprits, ni ascendant moral. Les hommes les plus disposés à soutenir le gouvernement du Roi étaient, suivant lui, réduits à feire de l'opposition. On ne devait pas attendre que le ministère eût aggravé le conflit et créé de plus grands périls. Dans ces conditions, un langage ferme et loyal était nécessaire ; il fellait repousser tout amendement qui aurait pour effet d'envoyer au Roi la vérité faible et pâle. Berryer s'étonna que le ministère du 8 août fût rendu responsable du malaise du pays; il prouva surabondamment que ce malaise était bien antérieur; il mit en évidence les contradictions que l'adresse renfermait, ■et il fit entendre qu'elle frappait le Roi directement.
L'amendement Lorgeril , considéré comme une transaction inefficace, ne réunit qu'une trentaine de voix. On passa ensuite au vote de l'ensemble de l'adresse. Il n'eut lieu qu'à une heure avancée. Elle fut votée par 221 voix contre 181.
Le conseil des ministres s'assembla le lendemain 17. Le Roi y déclara que la Chambre avait outre-passé ses droits. Guernon-Ranville combattit l'idée d'une dissolution et fut d'avis d'aborder la discussion du budget. Montbel demanda la dissolution et de nouvelles élections. Guernon les déclara impossibles. Charles X, dont le parti était arrêté d'avance, annonça que la Chambre serait prorogée. Le 18, il reçut, entouré des grands officiers de la couronne, Royer-Collard et la députation qui l'accompagnait. Quand le président eut
achevé la lecture de Tadresse, le Roi répondit : « J'avais droit de compter sur le concours des deux Chambres pour accomplir tout le bien que je méditais ; mon cœur s'afflige de voir que les députés des départements déclarent que de leur part ce concours n'existe pas.
tt Messieurs, j'ai annoncé mes intentions dans mon discours d'ouverture de la session. Ces résolutions sont immuables; l'intérêt de mon peuple me défend de m'en écarter. »
Les Chambres furent prorogées au 1" septembre. L'ordonnance de prorogation fut communiquée le 19 par Royer-Collard aux députés. Ceux-ci se séparèrent sans beaucoup d'étonnement. La mesure produisit une impression plus forte à la Chambre haute, qui n'avait pas pris la même part au conflit.
VIL Après la prorogation, d'Haussez proposa au conseil diverses mesures défensives. Il voulait qu'on s'assurât des troupes, qu'on renforçât quelques garnisons, que l'on format un camp sous Paris. Polignac écouta ces avis sans y répondre. Guemon se plaignit de voir l'orage se former et le ministère vivre dans une confiance aveugle et sans système.
L'opposition se prépara à la résistance légale. Un grand banquet de sept cents couverts fut organisé et eut lieu le 1" avril; il fut composé de députés et d'électeurs de Paris. Les libéraux affirmaient leur volonté de renvoyer à la Chambre les 221. Ce fut Odilon Barrot qui régla tout et qui porta les toasts, non sans avoir à ce sujet une querelle avec Godefroy Cavaignac et quelques républicains; mais ces derniers,