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LIVRE XVIII. — MINISTERE POLIGNAC

jusque-là en petit nombre, se soumirent. Dupin refusa de prendre part à la démonstration.

Le 3 avril, le Globe et le National furent condamnés comme coupables de provocation au changement de la dynastie, quoique les auteurs des articles incriminés, Dubois et Sautelet, prétendissent s'être bornés h avertir le gouvernement des périls qu'il courait.

Villèle était revenu passer quelque temps à Paris. Il y fut très-visité. Ses amis désiraient plus que jamais sa rentrée au ministère. Mais il comprit mieux qu'eux qu^il y serait impuissant. II leur répondit qu'il ne pouvait reparaître devant une Chambre qui avait qualifié son système de déplorable ; qu'il avait fait l'épreuve de la faiblesse du Roi; que les lois du cabinet Martignac avaient paralysé le pouvoir; enfin il dit à Peyronnet que le ministère serait un jour réduit à faire un grand acte de force et ne pourrait que se perdre.

Deux députés, Humann et Dumarhallac, du centre gauche et du centre droit, vinrent le trouver au nom d'autres membres de ces deux groupes, pour lui représenter que le vœu des centres était de sortir à tout prix d'une impasse périlleuse, et de se débarrasser de Polignac qui irait aux partis extrêmes. Ils se disaient prêts à l'appuyer, malgré la différence de leurs opinions, s'il formait un cabinet qui se bornât pour la session courante à présenter un budget. Au point de vue des dispositions de la Chambre, la démarche était significative ; mais la combinaison n'était qu'un expédient. Et d'ailleurs, ni Polignac ni le Roi ne l'eussent admise. Charles X, lorsqu'il reçut Villèle, affecta de ne pas lui parler politique.

Peyronnet fut un de ceux qui pressèrent le plus vivement Tancien président du conseil, mais par un calcul personnel. Dëcidë à entrer dans le cabinet, il eût voulu Ty faire entrer avec lui, et il adressait la même proposition à Martignac, Pasquier et Royer- Gollard. Avec de tels collègues, il se croyait en mesure de dominer Polignac, dont l'inaction trahissait Timpuissance, et ministre de Tintérieur dans ces conditions, il se flattait d'obtenir de bonnes élections, pourvu qu'on les différât jusqu'à ce qu'on eût pris Alger. Villèle resta sourd à ces avances, et quitta Paris le 12 avril.

Montbel insista pour obtenir la dissolution. Polignac ajourna sa décision, par un effet de son irrésolution naturelle, ou plutôt parce qu'il attendait l'entrée de Peyronnet au ministère pour lui confier l'exécution de la mesure. Son inaction était très-commentée. Le Globe disait de lui : « De sa personne, M. de Polignac est très-résolu, mais il ne sait pas à quoi. » Geroude, un de ses amis et même un de ses inspirateurs, disait : a C'est un phaéton qui nous conduit. »

Le 14 avril, il adressa au Rot un rapport confidentiel sur l'état de la France. Jusque-là, il s'était borné à soumettre à ses collègues quelques idées qui n'avaient pas été accueillies, comme celle de ramener la Charte à ce qu'elle était en 1814, c'est-à-dire de supprimer les lois qui lui avaient porté attemte en l'interprétant, par exemple la loi du double vote et celle de la septennalité. Ce n'eût été rien moins que défaire par un acte d'autorité l'œuvre des législatures antérieures. Le rapport du 14 avril fut plus sage. Polignac

LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC. 447 y constatait que la situation des finances et celle des relations extérieures étaient très-bonnes. Financièrement la France avait, depuis la Restauration, accru ses ressources et diminué ses charges, grâce à une politique prudente qui se gardait des aventures, à la paix et à des opérations de crédit sagement conduites. Nos relations extérieures étaient très-sûres, et nous avions peu à peu repris notre rang en Europe. Pour l'intérieur, le rapport se bornait presque à indiquer la nécessité de deux lois demandées souvent, sans dire comment on devait les faire, une loi restrictive du monopole universitaire et une loi de décentralisation administrative. Le gouvernement représentatif était implanté dans nos mœurs et devait être maintenu ; il allait en assurer Texistence, dût-on recourir à une déviation qui ne pouvait être que légère et momentanée. La Chambre élective avait refusé son concours; mais l'agitation du pays n'était qu'à la surface ; elle se concentrait dans certaines villes et dans certaines sphères. Elle était surtout l'effet de la liberté de la presse, qui remuait les esprits.

Le 21 avril, le Roi se décida pour la dissolution; mais il ajourna pour divers motifs l'annonce de cette mesure. On ne la fit connaître que le 16 mai.

Le 24 avril, Gourvoisier réclama la modification du ministère. Il ne cherchait qu'une occasion de se retirer, et il était décidé à le faire si Peyronnet y entrait. Montbel et Guernon-Ranville combattirent l'idée de cette modification, qui ne pouvait être que très-facheuse dans un pareil moment, et surtout mal interprétée. Gourvoisier et Ghabrol trouvèrent des pré-

textes pour abandonner leurs portefeuilles. D'Haussez ëtait dispose à suivre leur exemple ; mais le Dauphin lui représenta qu'ayant prépare l'expédition d'Alger, il était engagé d'honneur à continuer son œuvre, et il céda à ces instances.

VIII. Le plan d'une guerre offensive contre la régence d'Alger avait été proposé au conseil du Roi dès le 14 octobre 1827. On l'avait d'abord ajourné, et l'on s'était contenté de bloquer le port de cette ville. Mais on ne put amener le dey Hussein à céder, et obtenir de lui ni le règlement des créances, ni la réparation de l'insulte faite à notre consul.

En 1829, le capitaine de vaisseau la Bretonnière iut chargé de lui porter les conditions d'un arrangement. Le dey ne se borna pas à les repousser. Le 2 juin, au moment où le vaisseau français portant le pavillon parlementaire s'éloignait du port, il fit tirer sur lui plusieurs coups de canon, et il envoya le soir des excuses dérisoires sur cette méprise prétendue.

L'inaction n'était plus possible. L'insulte faite à notre consul, l'attaque dirigée contre le pavillon parlementaire, couronnaient une longue série d'infractions aux principes du droit des gens, aux traités et aux conventions , une suite de confiscations arbitraires, de dénis de justice et d'actes de piraterie, qui méritaient un châtiment exemplaire.

Polignac eut d'abord l'idée de faire punir le dey par la Turquie, dont il était vassal , ou plutôt par l'Egypte, dont le pacha avait une armée disciplinée à Teuropéenne et fournissait à la Porte ses meilleurs

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