LIVRE XVIII.— MINISTÈRE POLIGNAC
soldats. La France eût payé un subside considërable à farmée égyptienne, et eût ainsi évité d'éveiller les craintes de l'Europe . Mais le pacha voulut exiger que ses troupes fussent transportées par mer sur des bâtiments français ; cette exigence fit abandonner la combinaison.
Le 31 janvier 1830, les ministres décidèrent qu'on entreprendrait une expédition directe, et le plan du capitaine Dupetit-Thouars fut adopté définitivement, malgré les objections des amiraux , alléguant qu'un débarquement sur les côtes d* Afrique offrirait des difficultés exceptionnelles. Il convient à ce sujet de rappeler que la marine à voiles n'avait pas encore été remplacée par la marine à vapeur; on commençait seulement à appliquer la vapeur aux bâtiments de transport. On savait aussi que l'opposition était tout entière contraire à cette guerre, par ignorance des Csûts et par défiance à l'égard du ministère et de Polignac, qu'on accusait de chercher au dehors un moyen de détruire la Charte. Ces diverses raisons avaient d'abord retenu le Roi. Mais on n'était plus mattre de différer ; il fiallait agir.
On résolut de débarquer une ai*mée dans la rade de Sidi-Ferruch, et d'assiéger Alger du côté de la terre, ou les fortifications devaient offrir peu de résistance. L'entreprise, ainsi conçue, nécessitait de grands préparatife. Le ministre de la marine, d'Haussez, déploya une extrême activité pour que Texpédition pût commencer le 15 mai. Le vice-amiral Duperré reçut le commandement en chef de Farmée navale; il se rendit à Toulon le 1*' avril. Bourmont voulut avoir le li. 29
J^fiO HISTOIRE DE LA BESTAURATIOr^.
commandement en chef des troupes de terre formant trois divisions, sous les généraux Berthezène, de Loyerdo et des Cars. II laissa l'intérim du ministère de la guerre à Polignac. L'expédition fut populaire dans Tarmée et dans le corps de la marine ; la plus grande émulation se manifesta parmi les officiers et les troupes ; ] ce fut à qui demanderait du service.
Les préparatifs furent habilement conduits; tout était prévu avec soiii, et le 25 avril d' Haussez annonça que Ton serait prêt.
Dès le 4 février, Charles X avait envoyé à toutes les puissances une note où il déclarait que le but de l'expédition était « la destruction de Tesclavage, de la piraterie et des tributs sur toute la côte d'Afrique, la sécurité de la navigation de la Méditerranée à rétablir, le besoin de rendre le rivage méridional de cette mer à la production, à la civilisation, au commerce, k la libre fréquentation de toutes les nations » . L'Angleterre était inquiète. Elle avait contribué à Éaire échouer nos négociations avec la Porte et avec l'Egypte; elle pressentait une conquête. Elle demanda des explications plus précises. Le cabinet français répondit le 12 mars par une note où il ofïrit de se concerter avec les autres puissances « sur le nouvel ordre de choses qui devrait remplacer à Alger le régime détruit » . Les autres cabinets, auxquels cette note fut communiquée, Taccueillirent d'une manière satisfaisante; ceux de Madrid et de Turin firent quelques réserves, mais de peu d'importance et dont on ne put tenir compte. L'Angleterre prit une autre attitude. Son ambassadeur à Paris eut une altercation