LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC
lord Aberdeen, qui lui faisait entrevoir la possibilité d'une rupture, que TAngleterre n'obtiendrait rien par des menaces.
IX. Le 19 mai, Charles X reconstitua son cabinet, incomplet depuis la retraite de Courvoisier et *de Chabrol. II y fit entrer Chantelauze, Peyronnet et Capelle. Chantelauze, premier président de la cour de Grenoble et royaliste ardent, devintgarde des sceaux ; il accepta le pouvoir sans illusion, en victime volontaire.
Montbel dut passer malgré lui aux finances, pour laisser Tintérieur à Peyronnet ; on détacha de Tintérieur les travaux publics, qui constituèrent pour Capelle un portefeuille particulier. Ce dernier, formé dans la police impériale, était un des agents du Roi les plus dévoués et les plus actifs. Peyronnet, plus que jamais tranchant, absolu, plein de confiance en lui-même, était convaincu qu'il dominerait la situation. Son entrée dans le cabinet Poiignac fut regardée comme le signal des mesures d'exécution et la préface du coup d'État.
Ce qu'il y eut peut-être de plus singulier dans ces changements, ce fut la manière dont ils s'accomplirent. Poiignac ne consulta pas ses collègues; il se contenta de leur faire part des décisions prises. Guemon se plaignit, résista, et finit par céder. Montbel offrit sa démission, puis la reprit sur les instances du Roi; il se fit taxer de faiblesse par Villèle et ses anciens amis.
Le lendemain 20 mai, le Roi déclara aux ministres que son parti arrêté était de rester dans la Charte.
mais qu'il ne soufirirait pas que ses adversaires s'en écartassent.
La dissolution avait ëtë annoncée le 16; les élections d'arrondissements étaient fixées au 23 juin, et celles des départements au 3 juillet. L^inquiétude publique était extrême. Elle se trahit particulièrement aux fêtes qui furent célébrées en l'honneur du roi de Naples, venant visiter en France sa fille, la duchesse de Berry. Le duc d'Orléans donna, le 31 mai, au Palais-Boyal, un bal splendide, où assistèrent la cour, les pairs et les députés de toute opinion; on n^y parla que des périls du moment, et ce fut là que Salvandy dit le mot qui fit fortune et qui n'était qu'un vieux mot répété : « Nous dansons sur un volcan. «
Une vraie bataille allait s'engager au sujet des élections. Le ministère était poussé en avant par l'aversion qu'il inspirait et sur laquelle il ne se méprenait pas, tant les manifestations en étaient multipliées.
Les royalistes sages n'avaient confiance ni dans la quiétude mystique de Polignac, ni dans la présomption hautaine de Peyronnet. Les violents accusaient dans leurs journaux la timidité de quelques ministres qui empêchaient le président du conseil d'agir fortement; on les sommait d'empêcher les associations électorales, de traduire les membres des comités devant les tiibunaux, de prendre des mesures d'énergie et de rigueur.
Quant aux libéraux, leurs comités agissaient comme un contre-gouvernement, avec une discipline et une force croissantes. Le mot d'ordre était qu'il follait réélire les 221. L'action de ces comités était favorisée