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LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLlGSAC

par la loi qui établissait Tiiiterveiitioa des tiers dans les questions électorales. Ils circonvenaient les électeurs dans chaque département. Ils ne manquaient aucune occasion, aucun prétexte de (iairc des ovations à leurs candidats. Là aussi Ton s'échauflBait par Tardeur de la lutte, et c'étaient les violents qui remportaient. Toute la tactique des journaux, de droite ou de gauche, consistait à reproduire les violences de leurs adversaires.

Il s'agissait, comme l'écrivait Lamennais, de savoir si ce seraient les députés qui renverraient les ministres, ou les ministres les députés. En voulant forcer le Roi à changer son cabinet, l'opposition agissait constitutionncllement; seulement elle minait la royauté, ce que peu de ses membres voyaient ou voulaient voir.

Le cabinet s'autorisa des procès nombreux entamés au sujet des inscriptions d'électeurs, pour retarder d'un mois les élections de vingt départements, ceux dont il se croyait le moins sûr et dont il devait craindre de mauvais exemples. Peyfonnet déclara dans les journaux officiels que le Roi ne céderait pas ; il adressa des circulaires menaçantes aux fonctionnaires ; il prononça plusieurs destitutions, dont une, celle de Saint- Cricq, qui blâmait ses agissements, fut particulièrement malheureuse. Charles X entra lui-même en lice. Il fit, le 13 juin, une proclamation contre-signée par le président du conseil. Il y annonçait qu'il maintiendrait la Chaile, et avec elle les droits de sa couronne. Cette circulaire, qui montrait toujours un avenir incertain et une arrière-pensée, eut peu d'effet. Elle ne servit qu'à découvrir le Roi.

L'inquiétude s'accrut à mesure que le moment des élections se rapprocha. II était difficile de s'abuser sur leur résultat; or plus ce résultat s'annonçait défe- Torablement, plus il importait d'aviser d'avance aux partis à prendre. Polignac s'y refusait; sa témérité naïve . et sa quiétude imperturbable effrayaient ses propres amis. Un Anglais qui se trouvait à Paris, Greville, disait de lui qu'il avait « la fatale obstination des martyrs, le plus dangereux des genres de courage » . Villèle prévoyait une catastrophe. Si chacun envisageait à sa manière les éventualités prochaines, tout le monde s'accordait à les redouter. Royer-Collard écrivait à ses amis qu'on était placé entre des impossibilités contraires; suivant son habitude, il se retirait de la lice en levant les bras au ciel ; il en appelait à l'imprévu et à la Providence.

Les résultats des élections du 23 juin furent significatifs. Bien que les électeurs appartinssent à ce qu'on appelait avec plus ou moins de raison l'aristocratie censitaire, ils hésitèrent d'autant moins à voter pour les candidats opposants, que ces candidats étaient presque tous, eu égard au cens élevé de l'éligibilité, des hommes riches et considérables. Sur 197 députév^ élus, 57 seulement furent des ministériels.

Les élections suivantes, celles du A et du 19 juillet, furent un peu moins défavorables au ministère ; mais il n'obtint guère plus que le tiers des voix totales, 145 contre 270. La nouvelle de la prise d'Alger, qui arriva le 9 par le télégraphe, et le Te Deum qui fiit chanté le 11 à Notre-Dame, en l'honneur de ce grand succès, n'exercèrent aucune influence sur le résultat des

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