‹ Histoire de la RestaurationChapitre 230 sur 256 · LIVRE XVIII.— MINISTÈRE POLIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII.— MINISTÈRE POLIGNAC

scrutins. L'amiral Duperré et le ministre de la marine d'Haussez, qui avait préparé les armements, échouèrent tous les deux.

X. Dès le 29 juin, les ministres avaient été amenés à se concerter sur l'interprétation de l'article 14 de la Charte. Ghantelauze leur soumit plusieurs propositions également graves, comme de gouverner sans les Chambres, ou de suspendre les élections qui restaient à faire, et de les faire dans d'autres conditions, en modifiant par ordonnance la loi électorale. Guemon et Peyronnet lui-même furent d'avis qu'on devait au moins attendre que la Chambre se fût réunie.

Le 6 juillet, Peyronnet proposa de convoquer un grand conseil de France, composé de pairs, de députés, de magistrats, de membres des conseils généraux, sous la présidence du Dauphin. Montbel, Guemon^ Gapelle, démontrèrent l'inanité et le danger de cette nouvelle assemblée des notables, qui rappelait celle de 1787.

Les hommes clairvoyants de la droite s'en prenaient aux ministres de l'imbroglio qu'ils avaient créé. Villèle, ne doutant plus du résultat final, écrivait le 9 juillet : a II est très-probable que les ministres vont entraîner le malheureux prince et le pays dans des coups d'Etat mal préparés, mal conçus et mal soutenus, et il y a de quoi compromettre la légitimité, notre honneur et notre salut. » Énumérant les fautes déjà commises, il ajoutait que maintenant ils dissoudraient la nouvelle Chambre, suspendraient la liberté de la presse, et convoqueraient une nouvelle Assem-

blée par ordonnance. La perte du gouvernement était certaine, s'il n'épuisait pas les moyens légaux pour mettre de son côté tous les gens paisibles et modérés. Autrement, il jouait le tout pour le tout et courait la plus périlleuse des aventures. Il s'exposait à avoir contre soi la magistrature et l'administration, à voir les électeurs des grands collèges refuser de répondi'c à l'appel qui leur serait iàit, et la Chambre refuser de se dissoudre. Ce n'étaient partout qu'éventualités terribles.

Aussi y eut-il après les secondes élections un mo« ment où Ton crut à un changement de ministère. On fit circuler des listes où se. trouvaient péle-méle les noms des hommes qui paraissaient le mieux désignés pour le pouvoir : Villèle, Mortemart, Laine, Dambrugeac, Pasquier, Martignac, Portai. Parmi les chefs de l'opinion libérale, plusieurs, voyant la victoire obtenue et en craignant les suites, commençaient à désirer une transaction. •

Mais Charles X était bien résolu à ne faire aucune concession, a Les concessions, disait-il, avaient perdu Louis XVL II n'avait, lui, qu*à monter à cheval ou en charrette. » Il se retranchait d'ailleurs, avec une entière bonne foi, dans l'article 14, qui lui donnait le droit de faire « des ordonnances pour le salut de l'Etat » . Aussi protestait-il sincèrement contre l'idée qu'on lui imputait de méditer un coup d'État. Il donna sur ce sujet des assurances formelles aux puissances étrangères, entre autres à la Russie, qui jugeait une entreprise contre la Charte extrêmement périlleuse. Il refusa d'écouter les observations que voulurent lui

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