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LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE

preuves suffisantes, et s^il en avait, demander à la Chambre Tautorisation de poursuivre les dëputés dont il citait les noms.

Ceuxdes membres de la gauche qui étaient étrangers aux conspirations s'efforcèrent de couvrir de leur innocence leurs collègues conspirateurs. La Fayette, dont la situation devenait très-fausse, se leva, et, sans rien avouer ni rien nier, se dit, avec son impertinence de grand seigneur, prêt à accepter une explication qu'il désirait depuis longtemps. Par une circonstance curieuse, Grandmesnil, l'inculpé contumace, assistait à la séance dans une tribune, inconnu à tout autre qu'à ses deux voisins, dont l'un était le propre fils de la Fayette. S'entendant incriminer par un des orateurs, il se leva pour protester. Ses voisins l'obligèrent à s'asseoir et se hâtèrent de l'emmener.

Villèle déclara qu'il (allait arriver à la vérité, et que le vrai moyen était de laisser la justice suivre son cours. On l'interrompit pour lui dire qu'il n'avait pas demandé l'autorisation de poursuivre parce qu'il ne l'avait pas osé. « Il résultera de l'accusation, répliqua-t-il, ou la preuve que ce qui a été dit par les témoins , par les accusés , est conforme à la vérité , et alors on verra si nous n'osons pas ; ou il en résultera que les propos des témoins, coaccusés, sont dénués de tout fondement, et c'est alors que les députés qui ont été nommés recevront le témoignage de leur innocence . Ce témoignage , la justice peut seule le leur donner.» La clôture ftit prononcée sur ce discours, malgré la gauche qui criait que c'était un assassinat politique.

Le 5 août, Sainte-Aulaire déposa une pro[)Osition

pour que le procureur général de Poitiers fût traduit à la barre afin de répondre à T^ccusation de s'être rendu coupable d'offenses graves envers la Chambre. Royer-CoUard appuya la motion en se fondant sur ce que la Chambre était indépendante des tribunaux. Si la justice devait suivre son cours , la Chambre devait aussi intervenir pour maintenir un privilège redoutable, mais nécessaire. On lui répondit que le privilège attribué à la Chambre de citer à sa barre ceux qui l'avaient outragée ne pouvait s'appliquer à des magistrats dans l'exercice de leurs fonctions, et qu'il ne lui appartenait pas de se foire juge d'actes judiciaires. La Chambre, impatientée par ce nouveau débat, vota la question préalable.

On reprit la discussion du budget, et Benjamin Constant trouva moyen de la rendre encore irritante . Il s'écria qu'après avoir combattu les jacobins de la Terreur, il combattrait de même les jacobins de la royauté. Le président le rappela à l'ordre, en lui reprochant de ne plus parler que pour outrager la Chambre et ce qu'il y avait de plus sacré.

La session fut close le 16 août.

Quelques bruits avaient couru de dissentiments entre les ministres. Pour leur donner un démenti, Louis XVIII éleva Peyronnet, Villèle et Corbière à la dignité de comte.

XI. Les procès intentés aux conspirateurs offraient un intérêt capital ; car la clémence était devenue difficile, et l'opinion royaliste exigeait une sévérité exemplaire.

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