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LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE

La colonne du général Saint-Ghamans réussit mieux sur les boulevards, qu'elle parcourut jusqu'à la Bastille, non sans faire quelques pertes; mais quand elle eut dégagé la place de la Bastille et qu'elle voulut pénétrer dans la rue Saint- Antoine, elle ne put forcer le passage. Hors d'état de soutenir l'Hôtel de ville, Saint-Ghamans dut à son tour rentrer au Louvre par le pont d'Austerlitz et les quais de la rive gauche.

A la place des Victoires qu'occupait le général de Wall, un régiment fraternisa avec le peuple.

Ainsi le résultat de la journée fut déplorable. On avait perdu deux mille cinq cents hommes, la plupart, il est vrai, égarés ou ayant déserté. On n'avait gardé aucune des positions qu'on avait essayé d'occuper. La défection s'était mise dans les troupes de ligne, et la garde royale se montrait découragée. Marmout prit le parti de se borner à la défense du Louvre et des Tuileries.

Dans les réunions de députés qui eurent lieu pendant la soirée, on se querella sans agir. On se demandait s'il fallait rester dans la légalité ou constituer un gouvernement provisoire. On cherchait un terme moyen. Guizot avait rédigé contre les ordonnances une protestation qui visait les minisires, non le Roi. Elle fut adoptée, puis on en modifia les termes successivement à mesure quela victoire de l'insurrection s'affirma. La couronne deGharlesX était enjeu; déjà l'on voyait sur les murs Tannonce d'un gouvernement provisoire composé de la Fayette, Laffitte et le général Gérard.

Le Roi passa la soirée à Saint-Cloud, sourd à tous les avis, refusant d'entendre les nouvelles, enfin dans

une sécurité tellement inexplicable qu'on se demande s'il n'afFectait pas de cacher ainsi ses inquiétudes secrètes. II se contenta de donner Tordre de faire venir les régiments de ligne les plus voisins et les troupes des camps de Saint-Omer et de Lunéville. La cour, bien éloignée de partager cette sécurité, éprouvait et manifestait une inquiétude croissante.

Le 29, Marmont reçut de Versailles, de grand matin, un renfort de quinze cents hommes ; mais dès que le jour parut, les insurgés, grisés par la poudre et parle succès de la veille, occupèrent le Palais-Bourbon, d'où ils menaçaient les Invalides et TËcole militaire; ensuite ils attaquèrentle Louvre défendu parles Suisses. Le maréchal fit une proclamation pour annoncer une suspension d'armes et l'envoi à Saint-Cloud d'une députation composée de membres de la cour royale et des maires de Paris. Seulement il eut une peine extrême à la répandre et à la faire connaître.

Sémonville, d'Argout et plusieurs autres pairs allèrent trouver les ministres, avec lesquels ils eurent une scène d'explications violentes. Les ministres, ouvrant les yeux, se laissèrent entraîner à Saint-Cloud, où l'on fit enfin connaître au Roi toute la vérité. Sémonville, Vitrolles et d'Haussez ne lui cachèrent rien. Polignac mit tout sur le compte du duc de Raguse, qu'il accusa d'avoir manqué de fermeté et de décision. Charles X se décida à assembler le conseil, et il donna le commandement supérieur de la première division militaire au Dauphin.

On continuait de se battre à Paris. Un ancien militaire, du nom de Dubourg, avait pris, en uniforme de

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