LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE
général, le commandement de rinsurrection; ses ordres étaient transmis par d'anciens carbonari, Bastide, Thomas, Godefroy Cavaignac, Joubert, Guinard, tous combattants de la veille. Deux régiments de ligne levèrent la crosse en Tair, et cette défection dérangea le plan défensif de Marmont. Les émeutiers envahirent lé Louvre et pénétrèrent dans les galeries, d'où ils tirèrent par les fenêtres sur les Suisses qui gardaient la cour. Les Suisses se replièrent sur les Tuileries; ce mouvement produisit une panique; les troupes qui avaient la garde du château Févacuèrent à la hâte. Celles qui étaient engagées dans les environs reçurent Tordre de se replier ; ordre qui ne put être exécuté complètement. Un certain nombre d'officiers et de soldats furent massacrés dans les petites rues voisines du Louvre. Joubert entra aux Tuileries et y arbora les trois couleurs.
Le maréchal ne rallia ses soldats qu'à la barrière de l'Étoile. Il se retira par le bois de Boulogne sur Saint- Cloud.
Les troupes qui occupaient la rive gauche reçurent l'ordre de se retirer à leur tour. Mais deux cents Suisses ne purent sortir à temps de la caserne de la rue de Babylone. Les insurgés, commandés par Charras, Vanneau et d'autres élèves de l'École polytechnique, les y cernèrent et les sommèrent de se rendre. Sur leur refus, on mit le feu à la caserne. Ils firent une sortie désespérée qui fiit très-meurtrière. Un petit nombre seulement échappa. Vanneau fut tué dans la mêlée.
Les Tuileries, envahies par l'émeute, furent pré-
servées à temps du pillage par les che&. Mais Tarche- Téché fut pillé de fond en comble.
Le Roi avait promis de prendre en considération les propositions de la députation parisienne qu'on lui annonçait. Après plusieurs heures d'attente, il apprit que Marmont s'était retiré et allait arriver à Saint- Cloud. Le Dauphin courut à Boulogne pour y juger par lui-même de Tétat des troupes. Aucune illusion n'était plus permise; Paris était perdu. A trois heures, Charles X signa le retrait des ordonnances. Guemon- Ban ville, qui les avait longtemps désapprouvées et combattues, fut le seul des membres du conseil qui en demanda le maintien; il déclara qu'agir autrement était signer la déchéance de la couronne. Il émit l'avis de se retirer sur la Loire et d'y rallier les forces dont on pouvait disposer encore. Mais c'eût été dé^ créter la guerre civile, et sans espoir.
Le duc de Mortemart, revenu depuis peu de l'ambassade de Russie, se trouvait à Saint-Cloud, et sV montrait fort inquiet; dès la veille, il ne cessait de représenter le danger au Roi sans se faire écouter. Charles X, qui lui savait des relations avec les chefe principaux de l'opposition, le chargea de former un cabinet dont il aurait la présidence ; il l'autorisa à y faire entrer Casimir Périer et le général Gérard, et il lui donna des pouvoirs illimités. Ce fut le garde des sceaux sortant, Chantelauze,qui contre-signa ces nou*velles ordonnances. Morte mart demanda des instructions avant de se rendre à Paris. Le Roi ne put se décider à les lui donner. On perdit ainsi des instants précieux. A six heures seulement le Roi chargea