LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÈLE
L'affaire de Belfort fut jugée la première. Vingt-trois accusés comparurent devant la cour d'assises de Colmar. Les contumaces étaient au nombre de yingt et un. Le feit que le complot avait avorté, la fuite des principaux coupables , les réticences des témoins, ne permirent pas d'arriver à une réunion de preuves suffisantes et à la connaissance complète de la vérité. Le jury se montra donc indulgent; quatre accusés seulement, entre autres le colonel Pailhès, furent déclarés coupables de non-révélation de complot, ce qui entraînait la peine de cinq ans de prison (le 1 3 août) . La cour condamna quelques-uns des contumaces à diverses pemes.
L'affaire dite des sergents de la Rochelle avait été déférée à la cour d'assises de la Seine, parce que plusieurs accusés feisaient partie de la vente centrale parisienne. L'acte d'accusation, rédigé par Bellart, fiit un réquisitoire complet contre le carbonarisme et son comité directeur, sur lesquels l'instruction avait fourni des lumières si étendues que quelques erreurs de détail ne pouvaient altérer la vérité de l'ensemble.
Les principaux accusés, après avoir fait des aveux, s'entendirent pour les rétracter. Ils prétendirent qu'on les leur avait arrachés par la menace, et ils se jetèrent dans un système de dénégations plus propre à les perdre qu'à sauver la charbonnerie. L'avocat général Marchangy n'eut aucune peine à prouver leur culpabilité et l'inanité de leur défense. II montra que tous ces complots simultanés et éclatant sur plusieurs points étaient les ramifications d'un complot plus II. 4
50 HIÇifDlïip DE LA RESTAUHATION.
général ; que les sergents n'étaient que les instru- '"'ments fanatiques d'une volonté étrangère. 11 insista sur la nécessité de punir les organisateurs des ventes militaires. Puis remontant jusqu'aux membres de la haute vente, il les montra lançant de malheureux jeunes gens dans la révolte et leur disant: «Allez tenter pour nous les hasards d'une insurrection dont nous sommes les actionnaires... Si vous échouez, nous souscrirons aux larmes commandées pour vos funèbres anniversaires. »
Les quatre sergents Bories , Raoul , Goubin et Pommier furent condamnés à mort; neuf autres accusés le furent à des peines moindres. Goupillon dut la vie à ses révélations.
Le président Montmerqué avait conduit les débats avec assez de mansuétude pour être taxé de faiblesse ; le mniistère public était resté dans les ménagements voulus ; la défense avait été confiée à de jeunes et brillants avocats de Paris, dont plusieurs étaient afTiliés aux carbonari. Les condamnés auraient mérité peu d'intérêt s'ils n'eussent été les instruments d'autres conspirateurs cachés. On invoquait aussi pour eux leur jeunesse; Bories, le plus âgé, n'avait que vingtsept ans.
Les carbonari essayèrent de les sauver. Ils tentèrent de gagner à prix d'argent un des gardiens de la prison de Bicêtre , qui les eût fait évader. La manœuvre fiit découverte à temps. Ils formèrent d'autres projets d'enlèvement inexécutables ou insensés. L'arrêt fut exécuté. Le 21 septembre, Téchafaud se dressa en Grève, entouré d'un grand appareil militaire. Les